mercredi 21 mars 2012

Sin Nombre, Cary Fukunaga (2009)



« Sin Nombre » fait partie de ces films chocs sur la violence des gangs. Comme dans « Gomorra », « la Cité de Dieu » ou « l'Âme des Guerriers », on y retrouve un excès de réalisme qui nous transporte dans un univers morbide et instable. La violence y est omniprésente, tout autant que le suspense. Dans « Sin Nombre », on suit avec impuissance cette course vers l'Eldorado, cherchant une lueur d'espoir ou une quelconque trace d'humanité. Et c'est là que l'on remarque tout le talent du réalisateur. A l'intérieur d'un univers délabré et glauque, Cary Fukunaga réussit à construire une histoire et insuffle de la vie à ses personnages.


Fukunaga s'est grandement investi dans ce film en allant vivre le quotidien de ces migrants tentant de rejoindre les États-Unis. « Sin Nombre » prend parfois l'allure d'un documentaire, laissant la parole aux habitants du film. Accompagné par une musique tantôt porteuse d'espoir, tantôt triste à mourir, le film revêt un caractère immersif, même s'il est difficile de garder les yeux ouverts devant certaines scènes insoutenables.

vendredi 9 mars 2012

Hors Satan, Bruno Dumont (2011)


Le Cinéma de Bruno Dumont est un Cinéma minimaliste, sans code ni morale. L'Homme fait partie intégrante de la Nature, il faut donc l'y inclure tel quel, sans comédie humaine. Recherche existentielle, expérience sensitive ou encore cinéma expérimental, les films de Dumont c'est du tout ou rien. Soit on s'immerge soit on s'ennuie.


« Hors Satan » est certainement le film le plus accessible de Bruno Dumont. Tout d'abord par sa photographie, filmant des paysages d'une beauté quasi irréelle. Le personnage principal, dont on ignore tout sauf la plastique, semble transcendé par cette Nature qui lui offre une exaltation simple et originelle. Ensuite, le film est très immersif, l'absence de bande-son au profit de la douce musique éolienne donne l'impression d'assister à un documentaire mystique sur le noyau dur de l'Etre Humain. Cette réalisation minimaliste nous permet d'observer les acteurs qui redeviennent eux-mêmes. Dumont interroge ses acteurs à travers sa caméra, les place dans des scènes bestiales pour donner une définition naturelle de l'Humanité. Enfin, « Hors Satan » semble avoir un scénario offrant une mission terrienne à son personnage principal.


Ce qu'il y a de flagrant dans le dernier film de Dumont, c'est l'absence de féminité. A part la routarde que le personnage principal rencontre, on ne peut faire de différence entre un homme et une femme si l'on est pas au courant de la chose auparavant. Si bien que le sexe est ici très peu présent physiquement et revêt un caractère fusionnel et mystique.


Bref, il est difficile de décrire un film de Dumont, celui là en particulier, bien que plus accessible. A l'instar de Cormac Mccarthy, le réalisateur accorde une part importante à la Nature et filme l'Homme tel qu'il a été il y a très longtemps. Un peu à la manière d'un ethnologue, Dumont porte un regard simple et profond sur les âmes perdues qui peuplent ses films. Dans « Hors Satan », il semble faire la part belle à l'invisible afin de stimuler notre ressenti.

jeudi 8 mars 2012

L'Ordre et la Morale, Mathieu Kassovitz (2011)



Dans son dernier film, Mathieu Kassovitz revient sur la prise d'otages de gendarmes par des indépendantistes canaques sur l'île d'Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie, et sur la libération tumultueuse de ceux-ci. S'appuyant sur le livre du capitaine Legorjus, le réalisateur signe un film politique autant que psychologique.


Tout au long de son film, Mathieu Kassovitz incarne le rôle du capitaine Legorjus, traître malgré lui. C'est d'ailleurs ce personnage qui constitue le cœur du film. C'est à travers lui que l'on va prendre conscience du décalage entre la réalité du terrain et les décisions prises via Paris (en période d'élections présidentielles, ce qui n'arrange rien).

Legorjus semble scindé en deux entre l'ordre qu'on lui donne et sa morale qui lui dicte le contraire. Dans cet homme, il a le Capitaine, qui exécute son travail et obéit aux ordres. Mais il y a aussi l'être humain qui possède une morale inapplicable à la situation absurde dans laquelle il se trouve. D'ailleurs, tout au long du film, Kassovitz ne cesse de finir ses conversations avec ses supérieurs par un « Oui mon général » obligé.


L'Ordre et la Morale » est un film totalement immersif. La bande son est lourde, grave et créé une atmosphère pesante au possible. Les nombreux arrêts sur image et ralentis qui ponctuent le film apportent une proximité encore plus grande entre le spectateur et le film. On se retrouve littéralement happé par cette « guerre » au destin inéluctable. Le suspense y est très présent, surtout quand on ne connaît pas cette histoire tragique et absurde.

L'ïle d'Ouvéa est présentée comme un petit Vietnam, la végétation est dense, les otages quasiment impossible à trouver. Les armes utilisés par les ravisseurs sont ancestrales ( fusils à un coup) comparées à celles des forces de l'ordre. Les clins-d'oeil à Apocalypse Now sont presque visibles. Durant ces 2h10, on suit aux premières loges cette vaste opération cruelle.


Sans mauvais jeu de mot, ce film fout la haine. On en ressort écœuré. Kassovitz filme des indépendantistes Kanaks civilisés et réfléchis, à l'opposé de l'image que s'en font les autorités depuis le continent.

« L'Ordre et la Morale » est le fruit de 8 années de travail. Sa réalisation est soignée, tout comme le message qu'il véhicule. Pourquoi a-t-il reçu un si mauvais accueil chez les médias comme chez le public. On lui reproche un côté caricatural et salissant pour la France. Mais finalement, le film ne porte-t-il pas sur le destin d'un homme qui se retrouve perdu et isolé dans un marasme ambiant et inéluctable ? Les films à polémique ne plaisent pas, car ils obligent à parler du sujet dont ils traitent.


Il est clair que Kassovitz prend parti en tant que réalisateur, mais en tant qu'acteur il endosse le rôle du traître, pour mieux servir sa cause de réalisateur. Tout la finesse du film réside dans le personnage incarné par Kassovitz et non pas sur la prise de position du réalisateur

mardi 6 mars 2012

We Need To Talk About Kevin, Lynne Ramsay (2011)


Difficile d'avoir une opinion tranchée à l'issue de ce cauchemar. Ce qui est sûr, c'est qu'il s'agit d'un bon film. Filmant avec froideur l'incompatibilité relationnelle entre une mère et son fils, « We Need To Talk About Kevin » est un véritable thriller psychologique.


Dès le début du film, on assiste à une scène où une foule en liesse s'inonde de tomates. Cette séquence ressemble à un cerveau en ébullition dans lequel la réalisatrice cherche une solution au problème posé dans son film. Puis on entre dans le cœur du film, univers glauque en apesanteur dans lequel la couleur rouge est omniprésente. On sent ( lorsque l'on n'a pas vu la bande-annonce) qu'un drame s'est produit mais on ne sait pas qui est fautif. Est-ce la mère, qui a du mal à se débarrasser de cette couleur rouge ? Est-ce le fils, qui montre une prédisposition à la violence ?

Nous ne le saurons qu'à la fin du film même si on le devine bien avant.


Mais la force de ce film, c'est la relation ambiguë entre la mère et son fils. Quelle est la cause de cette froideur qui naît entre eux ? La naissance de Kevin oblige Eva à changer radicalement de mode de vie : déménagement, arrêt de son travail, perte de liberté,... Plus qu'une nouvelle responsabilité, Kevin devient vite une plaie saignante pour sa mère. Le visage d'Eva est livide, maigre, inexpressif, on n'y dénote aucun signe de chaleur humaine. Des efforts, elle en fait, en lui jetant un ballon (rouge) à maintes reprises attendant ne serait-ce qu'un semblant de retour... en vain.

Quant à Kevin, il porte le démon en lui. Sa lente évolution vers la psychopathologie commence par de l'arrogance pour se transformer très vite en pulsions destructrices.

Cette relation, fluctuante tout au long du film, est finalement dévastatrice pour tout le monde, y compris pour nous, qui en ressortons dérangés et indécis.


Même si le film est bon, il n'est pas exempt de défauts. On peut reprocher à la réalisatrice une certaine distance voulue avec son public. Un peu d'émotion et d'humanité auraient apporté une puissance supplémentaire au film. La seule humanité que l'on trouve dans le film est incarnée principalement par le père, personnage à la gentillesse excessive et au laxisme le plus primaire. C'est regrettable car les personnages de Kevin et d'Eva portent le film de manière sublime et effrayante à la fois. Les seconds rôles semblent un peu bâclés, sans doute est-ce une façon de vouloir effacer toute trace de vie normale pour porter un jugement plus réfléchi ?


Au final, « We Need To Talk About Kevin » est un film Lynchien qui possède une atmosphère pesante. Lynne Ramsay nous décrit, de manière anarchique, la lente transformation d'une violence psychologique en une violence physique, autant incompréhensible que prévisible. Mais la réalisatrice nous montre aussi la limite fluctuante entre la culpabilité et l'innocence. La couleur du sang est omniprésente et vient à chaque fois illustrer une composante de la relation entre Eva et Kevin. A voir.

samedi 3 mars 2012

Une Femme Fuyant l'Annonce, David Grossman (2011)



Longue odyssée à travers une Galilée universelle, « Une Femme fuyant l'Annonce » relate la fuite d'une mère (Ora) qui tente d'échapper à la probable annonce de la mort de son fils.


Ora, c'est la pureté rêvée par l'auteur mais aussi par chacun d'entre nous. Mère aimante et réconfortante, elle est aussi une femme libre et émancipée, possède une vision éclairée et objective de la situation qui l'entoure. Elle décide de chasser la mort en y insufflant de la vie, marie le passé au présent pour imaginer un avenir plus supportable. Shéhérazade des temps modernes, Ora ne peut compter que sur sa parole face à la Mort et la seule manière de vivre c'est de revivre par la pensée ce qui a déjà été vécu. On pense par moment au « Livre de ma Mère » d'Albert Cohen, tant Ora incarne la mère parfaite, toujours à l'écoute de ses enfants, les observant sans cesse d'une manière sublime.


Mais Ora, c'est aussi une idée, une vision, la vision idyllique de David Grossman. Dans ce « voyage au bout de la vie », l'auteur multiplie les messages de paix et de lucidité sur la cohabitation entre arabes et juifs, mais aussi entre les Hommes. Loin de tenir un discours hippie cliché et vide de sens, Grossman plonge littéralement dans les êtres peuplant son voyage, glisse sur leur peau, les fait vivre par la parole et surtout détruit par sa prose magique la bestialité de l'Homme. « Une Femme Fuyant l'Annonce » est un « conte à rebours » qui décrit avec finesse la pression psychologique quotidienne que subissent les Israéliens dans ce conflit sans fin. Mais au lieu de sombrer dans le Pathos, de décrire une situation tragique pleinement justifiée, Grossman extraie ses personnages du contexte pour en faire à la fois des héros mythiques et des victimes émouvantes, simplement humaines.


Grossman réalise un Grand Livre grâce à sa prose. Simple, limpide et calme, les phrases semblent flotter sur les pages dans une sorte de légèreté grave. La construction anarchique mélangeant les époques et les personnages vient renforcer ce sentiment de fuite, cette volonté de trouver rapidement un sens à la Condition humaine. Les passages qui décrivent Ora enceinte sont d'une poésie et d'une douceur à couper le souffle. Par moment cette prose émoustille nos sens, on se met à la goûter et à la sentir. Cet arôme donne un peu plus de corps aux personnages tout en nous plongeant dans une contemplation fantasmée de la vie.


Bref, « Une Femme Fuyant l'Annonce » est un chef-d’œuvre qui se termine par trois petits points. Universel et volontairement ouvert, le roman est une initiation à ce que l'on connait déjà mais que l'on ne voit pas. Magnifique.

lundi 27 février 2012

Ghosts...of the Civil Dead, John Hillcoat (1988)




Avec "Ghosts...of the Civil Dead" John Hillcoat met un coup de poing à la gueule de la société... en commençant par celle du spectateur. Il est rare de voir un film possédant une telle violence psychologique et physique. Basé sur une histoire vraie, le film se gorge de haine ambiante de seconde en seconde jusqu'à l'explosion finale.

Pourtant le film commence sur un long travelling filmant le désert australien dans lequel se trouve la prison. Les grands espaces que l'on peut apercevoir ne sont pas là pour donner un sentiment de liberté mais plutôt pour annoncer un isolement total.

Puis le réalisateur opère une lente plongée dans cette prison haute sécurité et le film se transforme en huis clos dont on ne ressortira pas indemne. Chaque personnage est présenté succinctement, en tant que prisonnier et non en tant qu'homme. Le film se met alors à osciller entre fiction et réalité, et se travestit en documentaire fictif.

Véritable psychanalyse du milieu carcéral, "Ghosts...of the Civil Dead" dénonce avec brutalité et de manière primaire la condition humaine dans les prisons. Faits réels ou pas, le procédé utilisé est le même que Bunuel dans "l'Ange Exterminateur". John Hillcoat cloisonne ses personnages et les isole à outrance pour en observer les conséquences. Il en résulte une anarchie primaire où chaque personnage devient un animal dangereux, même en cage. Nick Cave, qui a également co-réalisé ce film est d'ailleurs plus qu'impressionnant dans ce film. Le mot animal n'est d'ailleurs pas assez fort pour décrire cette explosion de violence et le film est à deux doigts de devenir un film d'horreur vers la fin, le réalisme en plus.

"Ghosts...of the Civil Dead" est un mauvais moment à passer sur le plan humain car il sonne plus que juste. Mais il est rare de voir tant d'intelligence émaner de la bestialité.

Un temps pour l'ivresse des chevaux, Bahman Ghobadi (2000)


« Un Temps pour l'Ivresse des Chevaux » aborde avec gravité le quotidien d'un petit village dans le Kurdistan iranien, à la frontière avec l'Irak.

Les enfants y sont livrés à eux-mêmes, vivent comme des adultes par obligation mais aussi pour survivre. L'esprit de communauté semble présent à l'intérieur du village mais il ne peut faire face aux difficultés de chacun. La Nature environnante est cruelle et ces montagnes enneigées sont de véritables obstacles pour le commerce de contrebande qui s'effectue de part et d'autre de la frontière.

Même les chevaux peinent à arpenter ces massifs, si bien qu'on leur verse de l'alcool pour soulager leur douleur.


Tout au long du film, on suit plus particulièrement le quotidien de trois enfants dont le petit Madi, atteint d'une maladie hormonale. Même si ce petit être frêle apporte au film un côté pathétique un peu trop corsé, on ne peut qu'être ému par ce personnage qui amène un peu d'espoir et d'humanité dans le film.


A mille lieues de « Persepolis » ou des « Chats Persans », ce film montre l'Iran en dehors de Téhéran et laisse de côté tous les problèmes sociétaux et religieux que l'on connait. Pendant un peu plus d'une heure, on suit le calvaire redondant de ces habitants qui semblent coupés de tout. L'âge des personnages est totalement effacé par une misère et une précarité extrême. Enfants et adultes tiennent les même discours, seul le petit Madi ne peut s'extraire de sa jeunesse.


Au final, la caméra de Bahman Ghobadi filme avec tendresse et réalisme cette triste réalité qu'endurent ces habitants travaillant comme des fourmis, seulement pour pouvoir survivre. « Un Temps pour l'Ivresse des chevaux » a nécessité deux ans de tournage et le réalisateur s'est endetté pour pouvoir terminé le film. Quand on voit le résultat, on ne peut que lui donner raison et l'encourager à continuer dans cette voie.


dimanche 19 février 2012

Memories of Matsuko, Tetsuya Nakashima (2006)


"Memories of Matsuko" est un film complètement déjanté. Par ses couleurs criardes tout d'abord, qui se démarquent d'un cinéma asiatique plutôt terne. Par ses personnages qui ressemblent à ceux de Takeshi Mike, le lyrisme en plus. Par son histoire, retraçant la vie d'une matyre des temps modernes.

Le film se présente sous la forme de flash-back relatant les déboires d'une femme aimante. Et ce qui est bizarre, c'est que cette frêle personne ne connait pas la rancune. Elle encaisse les coups puis pardonne, gagne son paradis sans le savoir.

Dans les premières minutes, le film semble prendre une tournure plutôt comique, même si l'histoire ne s'y prête pas forcément. Mais très vite, on sombre dans un lyrisme ambiant, entrecoupé de scènes violentes et cruelles.

Puis le film traînera finalement en longueur, surtout dans la dernière demi-heure. Sans gâcher pour autant le voyage, cette langueur coupe le rythme de l'histoire pourtant si entraînante.

Ce qui est bizarre mais plaisant dans ce film, c'est la cohabitation entre la poésie et la niaiserie. Le côté kitsch vient amplifier ce côté ridicule tout en posant une ambiance délurée. Un film comme on a pas l'habitude d'en voir tous les jours. A voir.

samedi 18 février 2012

Café de Flore, Jean-Marc Vallée (2012)


Attention spoilers
Film à voir sans avoir lu aucun résumé

"Café de Flore" est composé de deux histoires, l'une dans le Paris de la fin des années 60, l'autre à Montréal de nos jours. La Musique y est omniprésente, et notamment le morceau "Café de Flore" de Matthew Herbert.

Expérience visuelle et sensorielle, "Café de Flore" est un film immersif qui réfléchit au moyen d'images poétiques. Les dialogues ne constituent pas le corps du film et la musique redondante vient amplifier notre ressenti. La Musique est ici un moyen de pénétrer davantage l'âme blessée des personnages, ces rythmes répétitifs mais beaux semblent être la principale arme pacifique du réalisateur. Et c'est finalement cette bande son qui fait la beauté des images, la plupart du temps.

Le film de Jean-Marc Vallée est foncièrement simple dans son propos: Une femme n'accepte pas la rupture avec son mari, à qui elle a voué un amour éternel. On peut imaginer qu'elle va voir un psy ou un médium ( selon ce que l'on veut y voir) pour exorciser ce mal. Et c'est en voyant le résultat du film que l'on remarque tout le talent du réalisateur.

Un peu à la manière de David Lynch, l'inconscient prend une forme réelle et rationnelle dans ce film. Toute l'histoire dans le Paris des années 60 n'est en fait que le cheminement psychologique interne de Carole, qui fait le deuil de cet amour. Mais Jean-Marc Vallée romance son film en ajoutant des détails dans les deux histoires, les enrobe de poésie pour leur donner de la consistance. Si bien que ces deux histoires désormais indissociables à la fin du film semblent deux réalités à part entière. L'histoire se déroulant dans le Paris des années 60 a laissé en apesanteur des atomes qui ont été captés par Carole à notre époque. Il plane, à la fin du film, comme une atmosphère qui transcende le film. On a l'impression que le réalisateur a joint deux bout de réalités pour fabriquer un néant psychique indispensable aux personnages du film.

"Café de Flore" est un petit bijou qui bouleverse et qui régale. Même si l'on ne sourit que très rarement, on ne peut qu'être happé par cette esthétique réussie accompagnée d'une musique immersive. Ceux qui y chercheront une réflexion ou un message y trouveront seulement de la naïveté et du vide.

My Little Princess, Eva Ionesco (2011)



Témoignage d'une femme à l'enfance gâchée, « My Little Princess » nous plonge dans une réflexion sur l'Art, l'érotisme et la pudeur.


Tout d'abord, nous ne ressentons que très peu d'émotion tout au long de ce film. Le sujet traité impose une distance entre le spectateur et le film, même si l'on n'est pas au courant qu'il s'agit d'un film autobiographique. Mais surtout le personnage de la photographe incarné par la sublime Isabelle Huppert vit dans son monde. Anna (Isabelle Huppert) semble libérée de toute contrainte morale. Elle apparaît comme une photographe qui libère ses pulsions en les immortalisant sur des clichés.


Au début du film, on s'attend à ce que le film soit une critique de l'Art dans ce qu'il peut comporter de novateur et de déviant. Mais finalement, on replonge vite dans un cinéma intimiste froid et hermétique en se focalisant sur la relation mère / fille, sur le plan artistique comme relationnel.


Ce qui est sûr, c'est que ce film a une valeur cinématographique, ne serait-ce par les excellentes prestations d'Isabelle Huppert et d'Anamaria Vartolomei. Isabelle Huppert excelle lorsqu'elle incarne l'Excentricité, elle semble incontrôlable et imprévisible tout en vivant pleinement ses émotions et ses pulsions. Quant à Anamaria Vartolomei, elle est époustouflante. En espérant que ce rôle ne lui gâche pas le reste de sa vie, elle endosse à merveille ce rôle d'enfant-objet. On sent qu'à travers Violetta, c'est Eva Ionesco adulte qui s'exprime. Les dialogues comme les réactions de l'enfant sont très matures.


« My Little Princess » est également une réflexion sur l'Erotisme et sur le corps de l'enfant. A travers une mise en scène scabreuse, le visage pur de la petite Violetta contraste avec un unviers morbide et destructeur. Pourtant la métamorphose de l'enfant est spectaculaire. L'Erotisme prend tout son sens et ce petit être frêle pas encore formé dégage des messages de femme. Mais ce qui est fort dans cette métamorphose, c'est qu'elle est aussi psychologique. Violetta semble prendre part à cet érotisme et sortir en partie de son rôle de victime.


Au final, un film qui laisse perplexe sur le sujet qu'il aborde mais qui pousse à réfléchir sur la nature profonde de l'image humaine.

vendredi 10 février 2012

Le Cochon de Gaza, Sylvain Estibal (2011)





Apporter l'humour et la décadence occidentale sur la bande de Gaza pour tourner en ridicule le conflit israélo-palestinien, tel est l'objectif du « Cochon de Gaza ». Et il faut avouer que c'est plutôt bien réussi.


Tout au long du film, on suit l'histoire de Jaafar, pêcheur de Gaza, qui retrouve un cochon dans ses filets. Bien que dégoûté par le vil animal, il entrevoit rapidement la possiblilité d'un commerce avec les colons, qui utilisent les cochons pour désamorcer les bombes. Jaafar est donc chargé d'apporter de la semence de porc aux colons avec les moyens du bord.


Comédie burlesque et subversive, « Le Cochon de Gaza » décrit l'absurde par l'absurde. Sur un ton très léger, le film aborde des thèmes de fonds comme la cohabitation entre juifs et arabes ou "l'Occupation" vide de sens. Mais la force de cette comédie, c'est la mise en avant des points communs entre juifs et arabes : le soldat israélien et la femme de Jaafar regardent le même feuilleton télévisé et nouent un début de relation humaine, en discutant des sentiments des personnages qu'ils voient évoluer. Mais chacun rêve d'un chez soi. Le soldat israélien veut rentrer à Tel-Aviv, la femme de Jaafar veut que les colons s'en aillent pour retrouver un semblant d'intimité.


Toujours avec cette légèreté profonde, « Le Cochon de Gaza » parvient à montrer les relations contrastées entre les deux peuples. Ils se détestent officiellement mais se ressemblent humainement, quotidiennement comme culturellement. Mis à part les habits, on a l'impression qu'il n'y a qu'un seul peuple. Ce « peuple hybride » semble se parler à lui-même tout en n'étant pas d'accord sur une même idée bien que pensant la même chose. La scène où un groupe de palestiniens, un plot de chantier à la main, débute un dialogue de sourd avec un groupe d'israéliens, un haut-parleur à la main, est très représentative de cette absurdité ambiante. Les palestiniens paraissent semblables aux israéliens, la classe sociale en moins.


Enfin, on ne peut parler de ce film sans évoquer le fameux cochon. Comme le chien dans "The Artist", le cochon est un acteur à part entière dans le film. C'est la petite touche irréelle qui vient apporter un peu de réalisme, une sorte d'introduction au gag sérieux que constitue le film. C'est finalement le seul personnage qui semble libre dans le film. Et putain que ça donne faim tout ça!!


Bref, « le Cochon de Gaza » est une comédie courageuse et intelligente, drôle et émouvante, lucide et utopique ( la scène finale est très réussie). Peut-être que ce genre de film donnera des idées aux réalisateurs israéliens et palestiniens et fera émerger un cinéma subversif comme on peut l’apercevoir en Iran par exemple. Le cinéma israélien a tendance à faire de l'occidental, en traitant de sujets tels que l'homosexualité ou le terrorisme. Il y a très peu de films ( à ma connaissance) qui traitent du conflit israélo-palestinien de manière intelligente. Pourtant Israël comme la Palestine, tout comme le regard que les pays alentours portent sur ces deux moitiés de pays, pourrait en sortir changé. Le Cinéma a cette force là, autant l'utiliser.

dimanche 29 janvier 2012

Tous les matins du monde, Corneau (1991)

Quel film pourri!!! Le livre de Quignard était passable, l'adaptation a réussi à faire pire. Déjà le casting: Depardieu ( père et fils) dans le rôle d'un homme qui aime la musique. Avec tout le respect que l'on peut avoir pour Depardieu ( les Valseuses!!!), le voir en homme doté d'une certaine finesse et d'une mélomanie confère à l'absurdité la plus abjecte. Jean-Pierre Marielle, même si plus fin que Depardieu, est peu crédible lorsqu'il se met à jouer de la viole, tant sur le plan technique que sur le plan sensitif.

Le problème c'est qu'il ne s'agit pas d'un navet. Un navet ça fait rire, c'est grotesque et parfois divertissant. Là, on se fait chier tout en se rendant compte qu'un ou plusieurs hommes ont réfléchi derrière l'écran. Un casting foiré, une mise en scène foirée, un réalisateur foireux sur ce film.

vendredi 18 novembre 2011

The Tree of Life, Terrence Malick (2011)



Dans son dernier film, le génie de l'esthétique cherche à résumer l'Universalité et nous offre un voyage visuel insolite. Lent par moment mais jamais ennuyeux, ce « 2011 odyssée de l'espèce » accumule les plans grandioses et déploie une fresque pittoresque sur la Matière.


Embrasser la voie de la Grâce ou celle de la Nature? Par essence la Grâce engendre le Bien, le respect d'Autrui et la tolérance. La Nature est cupide et conflictuelle, individualiste et carriériste.

Tiraillé entre l'intégrité et le bien-être, l'Homme trouve difficilement une voie grâcieuse ce qui fait naître en lui un sentiment de remords. En s'appuyant sur l'histoire de Job, Malick délivre un message profondément chrétien et foncièrement simple dans la notion: l'Amour avec un grand Tas d'alchimies humaines.


Mais finalement peu importe le message plus ou moins niais que veut nous faire passer le réalisateur de « La Balade Sauvage ». « The Tree of Life » contient deux histoires: une histoire horizontale, temporelle et évolutive; et une histoire verticale, éternelle et stoïque. Et c'est ce croisement d'histoires qui met le film en apesanteur. De l'ascenseur dans lequel se trouve Sean Penn à la reconstitution d'un au-delà, du Big-Bang à la naissance de la Vie, la caméra de Malick semble être un atome perdu dans l'échelle du Temps. Les acteurs deviennent peu à peu de la Matière et la dimension religieuse voulue par le réalisateur relève de la transcendance la plus mystique. On pense alors à Tarkovski tant cette atmosphère respire l'intemporel.


Difficile de critiquer un film comme celui-là tant on peut dire tout et n'importe quoi dessus. Il fascine plus qu'il n'inspire. Il fait partie des films que l'on vit, que l'on admire ou que l'on déteste, mais qui nous laisse sans mots.

dimanche 13 novembre 2011

The Artist, Michel Hazanavicius (2011)



Comme un « Sunset Boulevard » lifté à la française, « The Artist » s'impose royalement dans la description d'un cinéma muet qui pousse son dernier cri. Muet, c'est bien le mot qu'il faut employer, mais pour décrire le spectateur tant cette prouesse artistique nous laisse sans voix.


A mi-chemin entre l'Exercice de Style et la Comédie, « The Artist » est un film sur le Cinéma en général, sans prétention aucune et surtout très drôle. Faisant la part belle à Jean Dujardin (épatant), le film se présente comme une série de sketchs liés les uns aux autres et portant sur les différentes facettes du grand écran. Nul besoin d'avoir une Culture Béton en Cinéma pour apprécier ce James Bond de la caméra. Le réalisateur joue avec la Parole, visuelle ou auditive, et accumule les scènes réussies grâce à un Jean Dujardin de plus en plus convaincant au fil du film.


« The Artist », c'est un peu comme une gestation dans un ventre transparent durant laquelle on ne suivrait les évènements que par la vue, attendant sans impatience une sortie propice à la naissance du son. Car c'est à un véritable accouchement du cinéma parlant que l'on assiste, la scène sans son ni musique vers la fin du film étant la première inspiration du cinéma parlant qui s'apprête à plonger dans une cacophonie artistique maîtrisée.


Bref, « The Artist » est une réussite indéniable. Que ce soit la prouesse artistique de Jean Dujardin ou les clins d'œil de Michel Hazanavicius adressés au Cinéma, le film ne présente aucun défaut et aborde tout ce que le cinéma doit comporter pour pouvoir perdurer jusqu'à la fin des Temps, à savoir: l'acceptation de la modernité, le devoir de mémoire, le divertissement ou encore la recherche expérimentale.

dimanche 30 octobre 2011

La Piel Que Habito, Pedro Almodovar (2011)



Même si l'on retrouve tous les ingrédients de la sauce Almodovar, « La Piel Que Habito » ne ressemble à aucun des films du réalisateur. S'intéressant au Corps dans ce qu'il a de plus physique, Almodovar se questionne en brassant identité sexuelle et identité visuelle et cherche dans la « peau » de ses acteurs des réponses existentielles majeures.


Tout au long du film, le réalisateur se concentre sur un thème très scientifique : la transformation de soi par la chirurgie esthétique. De la création d'une nouvelle peau jusqu'au changement du timbre de la voix, la métamorphose semble exhaustive. Les détails et les plans intimistes ne manquent d'ailleurs pas pour les petits curieux qui aiment se tenir au courant sur ces sujets-là.

Pourtant, ce thème scientifique nous emmène sur les pentes de la philosophie : Qu'est-ce qui constitue l'identité d'un être humain en dehors de son physique ? Peut-on créer un être humain à son image, faire revivre dans la peau d'un autre une personne que l'on a perdue, tomber amoureux d'une enveloppe charnelle ?


Mais le film prend parfois une allure de comédie burlesque dans laquelle les acteurs n'ont plus peur de la mort tant les techniques médicales semblent performantes. Plus question de laisser une place au destin, plus de futur incertain mais un contrôle total de la Nature Humaine façonnée à l'image de l'être humain.

La force de ce film réside dans ce côté « sans concession », cette histoire programmée et prévisible qui annihile le libre-arbitre de chacun. Le docteur ( Antonio Banderas) n'est pas plus libre que ses « victimes », il est asservi par une science qui lui donne les pleins pouvoirs. Quant à ses victimes, elles se retrouvent psychiquement bouleversées et influencées par la Beauté parfaite de leurs nouveaux corps.


Véritable quête identitaire, « La Piel Que Habito » traite de la part foncière de l'individu à travers la question de sa plastique. L'apparence du visage est récurrente tout au long du film : personnages sans visages sur les tableaux en arrière-plan, poupées à la tête amorphe, acteurs métamorphosés,...

Mais à aucun moment, on entre dans la tête des acteurs, dans ce qu'il ont de personnel. Seule l'histoire du film les fait vivre et la dimension psychologique, aussi présente qu'invisible, relève de la seule Condition Humaine.


Almodovar joue avec ses acteurs tout comme avec ses spectateurs en les mettant sur de fausses pistes. Dans ce puzzle chronologique, il nous faut attendre l'ultime fin pour observer un retour à la liberté individuelle, celle de Vicente, cobaye de l'expérience filmique du réalisateur.

mercredi 29 juin 2011

Dostoievski ou l’art du monologue intérieur

Qui ne connait pas Fedor me jette la première bière. Pilier de la littérature universelle, fin connaisseur de l’Ame Humaine, autobiographe inventeur d’histoires, pessimiste mystique, écrivain au talent contrasté, les termes que l’on peut lui attribuer paraissent trop nombreux pour tendre à une quelconque exhaustivité.


Dostoievski est un grand écrivain, c’est indéniable. En se plongeant dans son œuvre, on voit apparaitre progressivement un homme du souterrain, incapable de passer à l’action, perdu par ses convictions paradoxales et incompris par ses contemporains. La Muse de Fedor, c’est justement cette stérilité, cette impossibilité de pouvoir réaliser ses desseins. Ainsi, son œuvre est dichotomique, scindée entre monologues intérieurs confèrant au génie et descriptions évènementielles chiantes la plupart du temps.


Dostoievski est plus un philosophe qu’un écrivain. Son point fort réside dans la description de l’état psychique de ses personnages et des angoisses qu’ils subissent. Comment rester indifférent lorsque que l’on lit le passage sur la peine de mort dans « L’idiot », sur l’accusation de Mitia suspecté d’avoir tué son père dans « Les Frères Karamazov », sur ce petit vieux avec son chien qui méprise tout le monde dans « Humiliés et Offensés », sur le monologue intérieur de Raskolnikov quand il se retrouve rongé par la culpabilité dans « Crime et châtiments »,… ?

En revanche qu’est ce qu’on s’ennuie lorsque l’on découvre pendant des centaines de pages « l’adolescent » en train de subir les affres de ses camarades ! Dostovievski se montre chiant là où un écrivain comme Irvine Welsh se montre brillant, en l’occurrence dans le dialogue spontané et évènementiel. A l’exception de ses « Souvenirs de la Maison des morts », Dosto nous emmerde quand il sort du monologue intérieur.


Enfin, au fil de son œuvre, Dostoievski semble prendre une distance visuelle avec ses personnages. Dans «Crimes et Châtiments » on suit Raskolnikov d’une manière proche, frisant l’intime. On suit ses angoisses mais aussi sa vie de tous les jours, de manière terre à terre. En revanche à partir de « souvenirs de la Maison des Morts » il semble prendre une distance mystique avec ses personnages. Dans les démons, les personnages sont observés dans un ensemble, ils sont indissociables de leur environnement. Comme si la personne même de dostoievski avait pris le pas sur celle de ses personnages. Avec « Les Démons », ce ne sont plus des personnages mais des idées propres à l’Ecrivain. Dostoievski n’est plus sûr de rien et parvient difficilement à imposer un point de vue. Il cherche des solutions, à la manière d’une thérapie, en développant ses paradoxes dans la peau de ses personnages.

mardi 28 juin 2011

Raphael ou le débauché, Michel Deville (1971)



Quand le cinéma s’invite au théatre pour lui apporter toute sa grandeur, quand le théâtre s’invite au cinéma pour calibrer ses acteurs, quand le couple maudit Maurice Ronet / Françoise Fabian nous éblouie par son ambivalence, c’est que l’on est en train de regarder « Raphael ou le débauché ».


Film sur l’incompatibilité entre le désir charnel et l’Amour, fresque chaste à l’érotisme suggèré, destinée fatale d’un couple maudit victime de sentiments lunatiques, « Raphael ou le débauché » se présente comme un jeu de miroir. Tout au long du film on assiste à des changements de luminosité, une alternance de noir et de blanc au milieu de la couleur. La séquence où l’on voit les ombres de Maurice Ronet tournées dans toutes les directions sauf dans celle de Françoise Fabian est culte. Par ce jeu de lumière, Deville dépeint l’ambiguïté des sentiments de Ronet et annonce le dialogue presque facultatif à venir.

Les habits des protagonistes indiquent également dans quel sentiment se trouve chaque personnage. Le blanc est signe de fascination, d’amour et de conquête alors que le noir se prête plus à la débauche et à l’amour subi. L’aspect vestimentaire joue ainsi un grand rôle et Deville, au lieu de mettre à nu ses personnages, les habille des sentiments qu’ils ressentent.


En ce qui concerne le message du film, il reste plus complexe. Raphael est un habitué de la débauche sans vraiment y prendre goût, il se lasse de la vie et appréhende la mort en la défiant. Le titre du film pourrait se terminer par un point d’interrogation. Raphael n’est pas débauché dans l’âme mais son corps et sa perception du corps des femmes s’en est trouvée modifiée. Et là encore Deville joue avec le corps. A l’habit sentimental, il oppose la nudité dévastatrice, celle qui annhile toute conquête émotive. Raphael ne peut donc comprendre la finesse habillée d’Aurore et cela se traduit par une castration sentimentale.

Quant à Aurore, elle subit le chemin inverse. Par amour elle va subir le corps charnel d’hommes inconnus et primaires, pour transformer son habit sentimental en habit charnel aux yeux de Raphael. Son mariage avec un vieux sénile grabataire à la fin du film marque son suicide sentimental et sexuel.

Raphael le débauché meurt physquement et Aurore la Sainte meurt sentimentalement, tout simplement à cause d’une pièce manquante au puzzle humain


Par ce petit bijou, Deville nous fait réfléchir par le ressenti et le suggéré. Il montre de manière mystico-mathématique la difficulté de communication des corps et la faiblesse du langage pour les histoires de mœurs. L’apparence est loin d’être une simple image comme on a l’habitude de la définr, elle revêt un caractère métaphysique qui s’abandonne à une destinée sentimentale complexe.


Enfin ce qui est bizarre c’est que pour un film de mœurs on ne ressente que très peu d’émotion. Bien que le ressenti soit une émotion, on ne change pas d’état moral, on est simplement happé dans une histoire dont nous ne sommes que spectateurs, une émotion acquise mais peu vécue en quelque sorte. Les mœurs par la théorie pourrait-on dire. Peut-être est-ce ce côté classico-romantique du XIXème siècle qui procure cette sensation ? Il n’empêche que « Raphael ou le débauché » frise le chef-d’œuvre.

lundi 27 juin 2011

Zombisounours




Que peut-on trouver de si passionnant chez les zombies pour réussir à avaler des quantités de films aussi plats et ressemblants les uns aux autres. Certes lorsque Georges Romero sort « Zombie, » il créé là un film novateur qui vise à dégoûter et faire peur. Malgré ce côté kitsch, on sourit par moment devant ces êtres humains totalement désarticulés et dénués de toute sensibilité (si ce n'est celle de bouffer ses homologues encore vivants).


Le message politique de Romero est plutôt intéressant, il montre la connerie humaine face au danger, l'émergence de l'égoïsme quand on se retrouve seul avec soi-même, l’impossibilité d'une quelconque solidarité en temps de crise. L'Homme civilisé est bien plus con qu'un morceau de chair putride en lambeaux. Ainsi dans « Zombie », on assiste à l'auto-destruction de l'homme par lui-même, incapable de faire face à la menace de mort-vivants facilement gérable.

Mais de là à se farcir des films zombies à outrance faut pas déconner ! Quand une personne trouve la Musique de Brassens répétitive et redondante, on peut dire qu'on se trouve en présence d'un con qui n'a rien compris à l'Art talentueux du Grand Georges. Mais quand un cinéphile trouve les films de Zombies à chier, il faut lui serrer la main et l'inviter à boire un coup en évoquant le Cinéma Italien et tout ce que le 7ème Art peut présenter de merveilleux.

Bien sûr le cinéma de Zombie a évolué. Dans « 28 jours plus tard » les Zombies courent !!! Ils font encore plus peur !!! "

T'imagines si ça arrivait vraiment?? Tu ferais quoi? Moi je crois que j'irai m'enfermer dans un Centre Commercial pour être à l'abri et avoir de quoi manger!! Chut j'écoute le film!! Putain tu m'as fait raté le passage où il se fait déchiqueté le bras, reviens en arrière!!!"


On sent l'adrénaline monter par moment mais l'on est jamais surpris car on sait à quoi s'attendre. Bien que le cinéma de Zombie soit une parodie par lui-même, cela n'a pas empêché d'en faire des parodies plus abjectes les uns que les autres. Les amateurs riront de grand cœur, se remémorant la scène de Zombies 8, tellement effrayante et drôle à la fois. On sort de la salle et on dit « t'as vu le passage où il lui bouffe la tête, c'était crade, je me suis chié dessus !!! Quel chef-d'oeuvre !!! Vivement la parodie de Zombie 9 !!!


Les films de Zombie relèvent du 7ème nanard : une suite d'images sanguinaires, mal faites et au scénario systématiquement prévisible.


Effroyables plagiats de la saga précédente, les films de Zombies ne vivent que par rapport à un public qui s'obstine à les voir! le panurgisme poussé à son extrême! Un bon film, c'est tout d'abord une ambiance, une émotion ou un divertissement. Mais peut-on parler d'ambiance quand elle se multiplie par elle-même pour donner des petits rejetons en chaîne identiques et inintéressants ? Si le Cinéma horrifique a évolué dans le bon sens avec toute la créativité du style espagnol en particulier ( Guillermo Del toro, Dario Argento,...) le Cinéma des Mort-vivants n'a pas cessé de se mordre la queue, à croire que le sujet est chiant !! Non vous croyez ? Oui. (Notez la Majuscule)


Oui pour les monstres au cinéma ( Le Labyrinthe de Pan, Elephant Man, E.T, Eraserhead) Oui pour des êtres humains désaxés et méconnaissables ( The Holy Mountain, « Les diables » de Ken Russell, l'Exorciste ) Oui pour des robots futuristes qui reflètent une vision pertinente d'un avenir lointain ( Robocop, Star Wars) Oui au cinéma fantastique créatif ( Le seigneur des anneaux, bien que le livre de Tolkien soit cent fois mieux parait-il) Non aux Zombisournours qui ne font plus peur depuis longtemps si ce n'est par le biais de la vieille technique de la surprise périmée depuis la naissance du cinéma. Mort aux Zombies !!!

lundi 13 juin 2011

Alain Zanini, Marc-Edouard Nabe





Nabe manie les mots à merveille mais il parvient surtout à s'immerger complètement dans son récit. En effet, "Alain Zanini" pourrait se définir comme une auto-psychanalyse schizophrène redemptrice. L'Auteur soigne ses maux par les Mots dans un premier temps. Il nous expose sa vie sans pudeur, la seule limite qu'il dresse entre le lecteur et lui c'est la littérature, cet au-delà prosaïque qui créé une distance entre l'auteur et l'écrivain. Il réussit à effacer complètement sa propre personne au profit de son personnage littéraire.

Ce livre immense dont on ne semble jamais sortir reflète le changement d'état d'un cerveau en détresse. Le mystique au service de la didactique, l'exemple personnel au service du manuel théorique, l'autobiographie littéraire au service du Roman Universel. Enfin une des particularités de Nabe c'est également d'être un homme sans racine prédominante. Quand Nabe est en Grèce, il est grec, il s'immerge de toute la Culture de l'endroit où il se trouve, à tel point que ses concitoyens en deviennent étranger pour lui. Il se retrouve étranger en lui-même ou chez lui à l'étranger et c'est une force dont il faut tirer des leçons. A l'instar de ses romans " Le Bonheur" ou " Printemps de Feu", Nabe est chez lui partout, il est le citoyen de l'endroit où il met les pieds. Il écrase le Temps, se transporte dans l'universel et fait revivre des héros antique dans la peau de citoyens lambda contemporains.

Pour Nabe, la littérature ne peut émaner que du récit personnel. Pourquoi s'embêter à chercher une histoire alors que l'on a la sienne devant les yeux. Qui de mieux placé que soi pour décrire sa propre histoire, celle où l'on a des choses à dire si la pudeur ne vient pas chamboulé tout ça?
Et justement, Nabe joue avec cette définition de la Littérature, il alterne entre histoire inventé, histoire vécue et avenir imaginé. Ainsi par moment on pourrait se croire dans le Da Vinci Code et la page d'après dans un Roman de Léon Bloy.

Un roman qui traîne par moment en longueur mais qui reste plus que bon.

lundi 4 avril 2011

La Lecture



Par définition, la lecture réside dans le déchiffrage visuel de signes graphiques traduisant le langage oral. Description barbare dites vous ? Pour faire simple, on peut dire que la lecture est l'observation de mots associés les uns aux autres et rythmés par une ponctuation (en réduisant cet acte à la seule littérature).


Le problème est là, l'objet livre et l'acte de lecture qui s'ensuit paraissent à part dans la typologie artistique. Sans apprentissage, on peut s'émerveiller devant une peinture, être ému par une musique, vibrer devant un film poignant, etc...

Pour lire, il faut savoir lire et donc la lecture nécessite un effort au préalable, quelle que soit la méthode utilisée, effort qui débouche sur un acquis non indispensable à la vie. On ne meurt pas si l'on ne sait pas lire. Ne pas voir, ne pas savoir parler ou être sourd, cela devient plus handicapant qu'être un simple illettré.


La lecture est l'exemple même de l'utilité de la Culture. Elle démontre l'effort obligé qu'il faut fournir pour s'extraire de sa condition animale. L'Homme pense, même sans Culture. Il se sait mortel, est conscient de sa déliquescence inéluctable, surtout sur le plan physique. La Culture c'est ce qui reste quand rien ne va plus, un néant cérébral qui ne cesse de s'enrichir et qui croise avec dédain sa chair en décrépitude.


La lecture, c'est partir à la recherche de soi, devenir de plus en plus exigeant quant au prochain texte que l'on va découvrir, se laisser simplement divertir, stimuler sa curiosité, s'informer.

Mais Lire, c'est aussi les prémices de la communication. Sartre disait dans « Les Mots » 'L'acte de Lire implique celui d'Écrire',ou l'inverse peut-être, va savoir...

Le plus difficile est de tomber sur le bon livre, celui qui créé l'intimité nécessaire pour donner l'envie de réitérer l'expérience. Mais, à l'instar du Cinéma, il faut également trouver sa voie littéraire afin d'orienter ses choix futurs de manière judicieuse et éviter la noyade culturelle.


Lorsque l'on a fait ce constat, que faire pour donner le goût de lire à quelqu'un ?

Lui présenter les livres que l'on aime en racontant ce qu'ils nous ont apporté à tous les niveaux, peut-être lui donner des exemples plus pragmatiques en les plaçant dans la vie de tous les jours. Mais transmettre le goùt de lire reste une chose qui n'est pas aisée. Regarder un film l'est davantage : on peut le regarder à plusieurs, discuter par moment si un passage est un peu long, puis le spectateur présente une passivité plus grande que le lecteur, de l'imagination littéraire on passe à la contemplation cinématographique, de la prose imagée au scénario spectaculaire, de la daube commerciale à la daube commerciale...

Sans évoquer son Utilité, la Lecture doit être appréhendée dès le plus jeune âge afin que l'objet livre fasse partie intégrante du quotidien, comme un outil de plus pour s'évader, comme une échappatoire au cycle animal du 'bouffer, pisser, chier, dormir'.


Enfin Lire c'est aussi le partage et la confrontation avec ses pairs. A travers un livre on s'observe, se construit, s'ennuie, on évoque le 'Moi', notez la majuscule. C'est 'Moi' qui lis, qui vis ou subis le livre, qui m'enrichis. Parfois c'est étrange, une lecture peut devenir jouissive lorsqu'elle se termine, l'Acte de Lecture serait également une jouissance à retardement, un souvenir qui prend matière dans le présent? Discuter d'un livre peut le rendre meilleur, après l'avoir vécu on le porte, on y ajoute son vécu, celui d'avant, du pendant et d'après la lecture. On se pose en critique, nos sentiments et nos opinions viennent gloser le récit. L'imagination, c'est comme les gènes, il n'y en a pas une pareille.


Lire est un acte indispensable à l'animal pour qu'il devienne Homme. Cependant être un lecteur assidu est un luxe culturel qui s'acquiert en accumulant une certaine motivation. Qu'elle soit narcissique ou passionnée, la Lecture apparaîtra finalement avec le temps sous son angle premier : l'épanouissement personnel et le plaisir de se détacher de son quotidien ou tout simplement d'y entrer. C'est un outil dérèglé qui prend un certain temps pour s'ajuster à notre Vie, ne notez pas la Majuscule.

Mais personne ne doit se forcer à lire. L'acte de lecture doit rester un outil lorsqu'il dépasse son côté utilitaire et primaire ( la communication avec autrui). 'La Littérature c'est écrire ce que l'on sait déjà' écrivait Françoise Sagan. Puisqu'il n'y a rien à savoir, autant que ça soit beau, moche, glauque, mais quelque chose de Beau, c'est le rôle de la littérature : amplifier la réalité.