jeudi 10 février 2011

La Commune, Peter Watkins (2000)


Documentaire, film, débat télévisé, reportage, exercice de style foncièrement subversif, cinéma télévisuel, télévision sur grand écran, Présent en noir et blanc, Passé haut en couleur, acteurs en civil, sans-papiers citoyens, chômeurs ayant droit à la parole, la Commune, la Cause Commune… idées en 3D sur écran plat.


Pendant près de 6 heures, « La Commune » se démarque par son aspect universel, mélangeant les époques, les luttes et les identités des comédiens.

En effet, grâce à un montage intelligent et novateur, Peter Watkins donne une dimension actuelle à l’Histoire de la Commune, fait parler les Hommes en même temps que les comédiens, accole de manière judicieuse des discours joués et des grognes personnelles. Ainsi, tout au long de ce périple sans âge, le spectateur devient un acteur potentiel, un interlocuteur ou un compagnon de route. Sans ressentir la moindre discontinuité, on oscille entre fiction et réalité, c’est dire si la Commune était en avance sur son temps quant aux idées qu’elle véhiculait. Ou peut-être est-ce le cours des choses qui n’évolue que trop lentement ?


Un des points forts de « La Commune » réside dans l'emploi de comédiens non professionnels qui portent un discours plus qu’ils ne jouent. L’Homme/acteur est donc ici le support de l’oppression, une machine usée par un système totalement illogique. Ces comédiens, ils sont black, blanc et beurs, les trois couleurs des communards mais aussi de notre société d’aujourd’hui.


Au fil du film, les discours des Hommes ressemblent de plus en plus aux discours joués et la Commune devient une actualité, une lutte à achever, la plus grande avancée en terme de droits sociaux et d’organisation égalitaire ( interdiction du travail de nuit pour les boulangers, statut de la Femme égal à celui de l’Homme, créations de coopératives pour chaque corps de métier, démocratie directe, entraide intergénérationnelle…).


Enfin , « La Commune » est une critique sévère des médias: Les médias au service du pouvoir ( médias de l’opposition), les médias voyeuristes (qui filment la Révolution parce qu’elle revêt un caractère spectaculaire) ou encore les médias « subversifs » (qui annihilent toute construction en employant un vocabulaire cru et violent mais vide de sens).


« La Commune » est à voir absolument. Pas besoin d’être communiste, anarchiste ou capitaliste pour pouvoir y déceler une richesse incroyable en terme de sentiments humains, de connaissances et d’ouverture d’esprit. La Commune de 1871 est allée au-delà de toute liberté connue. Bien que très courte, elle réfléchissait déjà à la vie en dehors du travail, « à être quelqu’un » plutôt qu’ « à faire quelque chose ». Elle voulait créer une identité individuelle et non professionnelle, désirait aménager du temps pour se construire en réduisant le temps de travail, bref l’opposé de la société de plus en plus matérialiste dans laquelle nous vivons.


La Commune doit être apprise à l’école afin que l’on soit sensiblisé dès le plus jeune âge à la construction de soi, indépendamment de toute optique professionnelle.

vendredi 5 novembre 2010

Des Hommes et des Dieux, Xavier Beauvois (2010)


Délaissant la dimension historique d'un Maghreb menacé par le terrorisme, "Des Hommes et des Dieux" met l'accent sur la philosophie de vie de huits moines cisterciens vivant en quasi-autarcie au milieu de cette terreur ambiante.A travers ce film, Xavier Beauvois dépeint le besoin de sens mais également l'appréhension de la Mort qu'éprouve chaque être humain.

Ayant fait don de leur personne à Dieu, les huits moines se retrouvent cloitrés dans un haut-delà terrestre, travaillent la terre, soignent les habitants voisins du monastère et vivent au rythme des prières. Leurs déplacements sont éphémères et les murs qui les encerclent constituent des limites spirituelles. Pourtant, la menace terroriste vient bouleverser cette vie cadrée et ascétique. Les murs du monastère se transforment petit à petit en limite physique, en protection contre le danger extérieur qui vient déranger une vie coupée volontairement du monde. On ne peut s'empêcher de penser à "La Peste" de Camus, à cette micro-société menacée par un chaos ambiant qui doit remettre en question ses habitudes et ses aspirations.


Faire un choix de vie radical, se donner un but foncier et s'y tenir, telle est la quête perpétuelle que recherchent ces huits moines. Mais le seul choix ne suffit pas à y croire réellement. La menace terroriste vient se poser comme une remise en question de ces choix, interroge la part foncière de chacun des moines. La Communauté et les volontés personnelles se confrontent. L'organisation du monastère est alors poussée à son extrême, les discours et les discussions religieuses deviennent sociétales car l'on y inclu le monde terrestre (doivent-ils partir ou rester malgré les terroristes?).


Après réflexion, c'est l'acceptation de la mort ou du moins la victoire de la vie éternelle et offerte à Dieu qui prend le dessus. La serénité face à la Mort ne s'acquiert que par la découverte d'un objectif et d'une croyance forte, religieuse ou terrestre, telle est la morale de ce film. Dans le plan final, le sang froid des moines marchant vers la mort en est la preuve.


Le dernier repas illustre cette renaissance des moines. Par leurs choix fonciers, ils sont devenus des enfants de Dieu, peu importe leur destin sur Terre, ils ont gagné le Paradis. Maintenant, libre à chacun d'entre nous d'en définir le sens pratique, de le rapporter dans sa propre réalité.


"Des Hommes et des Dieux", à l'instar des films de Bresson, filme l'Homme dans sa grandeur modeste et stoïque. Les acteurs sont porteurs d'un message, ils récitent plus qu'ils ne jouent. La force de ce film réside dans le caractère universel de son message. Nul besoin de croire en quelque chose pour pouvoir en tirer une leçon de vie.

mercredi 4 août 2010

Leçon de doigté


Après six mois de galères, je réussis enfin à trouver ton point G. Du bout des doigts, tout d'abord, avec douceur et dexterité, je te touchais un peu partout, parcourais les 24 heures du manche pour trouver l'itinéraire adéquat. Je compris vite qu'il fallait te caser et non te faire frêtiller s'il l'on voulait que tu jouisses proprement. Ensuite, expérience oblige, je me mis à te travailler avec mon index, tendu et vigoureux. Tu m'offris alors un son complexe que je canalisais plus facilement. En accord avec toi, nous essayâmes plusieurs dildo mineurs en plastiques, plus ou moins épais, selon mes envies du jour. Plus je me rapprochais de ton trou, plus tu montais, on entrait parfois en harmonie quand je t'effleurais avec délicatesse.


Bref, la découverte de ton plaisir créa en moi une dépendance quotidienne et le rouge au bout de mes doigts apparût lorsque je me mis à apprendre tes règles. Durant les brefs instants de blues, je m'arrêtais sur ton corps pour noter de manière insistante la façon dont il fallait poursuivre l'acte.


Aujourd'hui, tu m'as comblé. Dans ma chambre, je continue à te découvrir en silence, me montrant un brin original, regardant sur le net comment tes copines prennent du plaisir. En soirée, je sors le grand jeu, te fais jouir le plus fort possible pour montrer mon assurance auprès des autres, branle ton manche frénétiquement. Les filles s'approchent, aiment notre complicité jusqu'au moment où je me mets à jouir moi aussi, parait que je jouis mal. Pas grave, ta seule compagnie me suffit, quoique qu'une petite partouze c'est bon aussi. Quoi de plus beau que deux guitares qui prennent leurs pieds au bout de doigts subtils et agiles?


Pour te prouver ma fidélité, j'ai fondé une entreprise avec toi, révelatrice de notre osmose torride. Je l'ai nommé "flamme and co". Fini tout ces gadgets en plastiques, je te laboure à l'ongle maintenant, te gratte, te percute à coups de mandales, et le pire c'est que tu en redemandes...

mardi 27 juillet 2010

La Camarde de Darwin ou l'Evolution négative


"Oh non, l'Homme ne descend pas du singe, il descend plutôt du mouton" scandait tout à l'heure ce chanteur talentueux sur ma radio personnelle.


Big Brother: Retour des religions, montée du terrorisme et de l'intégrisme, illéttrisme, misère sociale et intellectuelle, insécurité totale de minuit à 23h59... tous les fléaux remontent à la surface, ça va péter!!! Faites les moutons, obéissez-nous si vous voulez que vos enfants s'en sortent!!!


Petit Frère: Pas de problème. Que dois-je faire?

BB: Travaille, consomme, mange, chie, dors, travaille, consomme, mange, chie, dors. Répète ça de plus en plus vite, tu vas voir c'est rigolo comme tout.

PF: D'accord mais pourquoi entrer dans cette routine?

BB: Apporter ton aide quotidienne favorisera l'évolution de notre espèce. Au départ mon papa montait sur ta maman pour une tranche de bifteck. Maintenant, il le fait toujours mais il y a des règles. On discute un peu plus, on enjolive ce que l'on compte faire pour sa propre conscience, on vérifie que le bifteck ne soit pas périmé et papa peut monter sur maman.

PF: C'est donc ça l'évolution? Si je vous ai bien suivi, il s'agit d'une accumulation de dialogues et de façons de faire avant de pouvoir se comporter légalement comme nos ancêtres poilus.

BB: Officieusement, oui. Mais nous avons élaboré des lois car nous en avons marre de polémiquer à chaque fois qu'un humain ne met pas les formes pour arriver à ses fins animales.

PF: Je comprends mieux maintenant. Il faut donc que j'apprenne à parler utile et que je ne me montre pas trop brusque dans ma manière d'être. Mais j'aurais une question monsieur BB. Quelle est la finalité de l'évolution? Est-ce que le but est d'évoluer ou l'Evolution?

BB: Tout d'abord "évoluer" pour nous c'est apporter un changement, donner du confort, changer la couleur du décor. Tu n'es pas heureux d'avoir un téléphone portable, de pouvoir dénuder n'importe quelle fille sur ton ordinateur portable? Préfèrerais-tu retourner au temps de tes grand-parents, aller chier dans le jardin, mettre 3h à préparer un repas, 2h pour aller à ton boulot, te marier avec ta voisine d'en face parce qu'elle t'es promise?

PF: Non, je ne pourrais laisser mon confort pour rien au monde! Mais je ne comprends pas certains points. Je remarque qu'à l'heure actuelle, tout le monde court partout, voyage en TGV à 230km/h, mange en 3 minutes grâce au four micro-onde, téléphone en marchant. Où est donc passé ce temps libre qui aurait dû logiquement apparaître avec ce gain de temps?

BB: Mais il s'est investit dans les loisirs pardi!! Toi tu ne t'es pas assez baladé dans les grandes surfaces encore!! regarde un peu plus la télévision, l'envie te viendra. Tout est réalisable aujourd'hui, cite moi une chose que la société ne peut pas t'offrir?

PF: Heu... le bonheur, une femme, des gosses, une libre-pensée, un doigt dans ton cul, des cotons-tiges que je te rentre dans les oreilles et que je t'enfonce dans le cerveau, un fil de fer dans ton trou de pine... pas mal de choses en fait.

BB: Ah bon... lol comme on dit chez les jeunes maintenant!!

PF: Maintenant je peux rire de tout, mais je n'ai plus le droit de rien dire, liberté et censure sont les deux mamelles de la France. Les femmes se sont émancipées, elles se rentrent de ces trucs dans les fesses, j'aurais jamais imaginé!! Je peux choisir mon humeur et cacher mon mal être grâce à Internet. Deux petits smileys qui rigolent vaudront toujours plus que les larmes qui coulent sur mon clavier. De même mes dix doigts sur mes touches d'ordinateur me permettent d'acquérir une multitude de connaissances virtuelles qui viennent me rendre encore plus seul. J'en arrive à préférer l'artificiel au réel que je connais de moins en moins, le vulgaire à la finesse qui me semble fade, la solitude conviviale à la confrontation amicale. Est-ce cela le progrès? Ne se résoudre qu'à appréhender autrui par rapport à ce qu'il désire montrer en apparence, en virtuel ou en sournoiserie? Se sentir complexé par les modèles auxquels il faut ressembler pour avoir une vie décente? S'inventer une vie virtuelle pour pallier tous ces manques?

BB: Tu as des pensées bizarres toi! Personne ne t'oblige à te servir de ces opportunités si tu les juges dangereuses et perfides. A quoi aspires-tu? Faire un bras de fer avec le néant, te retrouver sans habillage devant le noyau dur de la vie? Imagines-tu le nombre de dépressifs qu'il y aurait si nous n'aveuglions pas la population?

PF: Les dépressifs sont de plus en plus nombreux! Les offres faites par la société ne répondent plus aux attentes du peuple. Puis le gros problème, ne mentez pas, c'est l'éducation. Faire vivoter une population avec un matériel qui accompagne la vie dans chacun de ses moments, c'est la contrôler, lui éviter certains écarts que le grand vide existentiel et le manque d'éducation pourraient occasionner. Ne trouvez-vous pas aberrant que l'on puisse visualiser gratuitement chaque rue de la planète grâce à gogol map et y aperçevoir des gens qui crèvent de faim? Les courants de pensée se multiplient quotidiennement. Chacun peut trouver sa voie, du moins suivre celle tracée par un autre. Je peux être marginal ou dans le système, tout s'ouvre à moi. Le "Moi", c'est d'ailleurs le nouveau nom de cette société. Les publicités s'adressent à moi, je peux zapper si j'en ai envie, choisir la couleur des mes caleçons, de mes chaussettes, imposer mes opinions de manière brutale sur des forums internet pour décompresser, insulter les gens qui font les mêmes conneries que moi mais pas au même moment... bref je suis le maître de ma vie... à première vue...

BB: Comment comptes-tu vivre dans ce cas-là si tu rejettes tout ce que l'on met à ta disposition?

PF: Comme tout le monde, j'ai besoin de solitude autant que de convivialité, de finesse autant que de vulgarité, mais par rapport à ce que je pense aimer. Partir à la recherche de soi en allant se confronter aux autres, à l'inconnu. Savoir se réévaluer sans cesse car on change très vite. Créer une arborescence culturelle en menant une investigation permanente sur les terrains de récits ou d'évenements qui nous ont rendus satisfaction. Car la véritable définition de la personnalité, c'est le mélange de fragments de personnalités d'autruis que l'on aura capté au cours de notre vie. Il ne faut surtout pas attendre que l'on nous indique ce qu'il est bon d'apprécier ou de faire. Etre curieux, regarder le plus largement possible afin de capter tout ce que l'on est capable d'appréhender. Faire preuve d'égoïsme au départ, penser à soi pour se donner une valeur qui facilitera les relations futures sans pour autant les travestir. Ne pas devenir esclave de son orgueil lorsque le semblant de personnalité pointera son nez. Bref quasiment l'opposé de ce que vous voulez nous infliger.

dimanche 4 juillet 2010

Tony Gatlif ou la métaphore de l'oiseau sans pattes


Réalisateur talentueux et amoureux de la musique nomade, Tony gatlif nous offre dans chacun de ses films un véritable voyage à la rencontre de peuples humainement musicaux. Dans "Gadjo Dilo", son film le plus poignant, il parvient à lier musique et histoire d'un peuple, si bien que musiques, chansons ou danses se posent ici en véritable témoignage. Car la musique, trop souvent perçue comme à côté de l'Etre Humain, n'est en fait qu'un organe intrinsèque à l'homme, indissociable de son histoire et de son caractère, aussi important que la Parole. Et cela Tony Gatlif le montre à merveille, il filme les expressions des personnages lorsqu'ils chantent ou dansent, dans les moments tragiques comme dans les brefs instants de joie et toujours avec curiosité et respect.

Son cinéma met également à la portée de tous une culture trop peu connue du grand public sans tomber dans la simple vulgarité. Plutôt que de faire des concessions dans la nature même de ses films, il met à contribution des acteurs célèbres comme Romain Duris, même si par moment l'acteur paraît fade face aux personnages authentiques de ses films.

A l'instar d'Emir Kusturica, Gatlif filme et fait parler la musique, peut-être avec moins d'humour et plus de réalisme. Documentaire, film musical ou film d'auteur? Difficile d'en définir le style exact. Peu importe au final. Adultes comme enfants se retrouvent unis par une musique qui gomme les différences d'âges, comme un langage commun composé par un vocabulaire naturel et inné.

Mais Tony Gatlif c'est aussi le chantre des nomades et des personnages bousillés par la vie. Dans "Gaspard et Robinson", il dresse le portrait de deux amis complèment détruits intérieurement, sédentaires mais nomades à jamais dans leurs têtes. "Transylvania", "Exils" et surtout "Je suis né d'un cygogne" viennent complèter ce tableau de l'errance. La métaphore de "l'oiseau sans pattes qui se pose pour mourir" évoquée par Wong-Kar-Wai est également valable pour le réalisateur de "Gadjo Dilo".

Au final, les films de Gatlif doivent être appréhendés comme une invitation au voyage et une ouverture sur l'autre dans ce qu'il a de plus foncier. Avec "Latcho Drom", son projet le plus ambitieux, il s'est initié au documentaire artistique, toujours en montrant l'histoire de la musique à travers celle de son peuple.

Les Rapaces, Erich Von stroheim (1924)


Certainement le film muet le plus abouti par son franc-parler et sa morale pessimiste, "Les rapaces" confère au chef-d'oeuvre. D'une durée initiale de plus de 9h, cette grande fresque fût réduite à une durée modique de 2h15. Les raisons de cette violente amputation furent commerciales et l'on peut alors imaginer à quoi auraient pu ressembler ces scènes censurées tant ce qu'il en reste crève l'écran.


Montrant avec cruauté l'étroit rapport entre l'argent et la condition humaine, "Les Rapaces" dérange par sa manière d'apporter son discours sans concession. Dès les premières images, on pense aux Rougon-Macquart, portrait d'hommes simples laissant apparaître ce que les gens civilisés cachent par leur culture ou leur bien-être.


Même si l'on ressent la forte amputation dont a été victime le film, on sent que Von Stroheim a tout misé dans ce film, qu'il s'y est investi comme s'il vivait là un épisode de sa vie. Sa façon de filmer les visages et les corps ravagés de pauvres gens, mais aussi de ceux dont on suit l'histoire tragique, démontre une compréhension profonde de la Nature Humaine. L'incroyable montée en puissance couvrant tout le film amène le spectateur dans des terrains hostiles pour sa propre conscience, pour ce qu'il ne veut pas être tout en sachant qu'il porte les bagages de cette même déchéance.


L'osmose entre le spectateur et le film n'est pourtant pas palpable consciemment, elle se réalise quelques jours après le visonnage. La scène de fin, filmant avec insistance le destin identique et tragique de deux amis devenus pires ennemis, perdus dans la Vallée de la Mort, attachés par des menottes, gisant sur une fortune devenue superflue, peut être placée parmis une des meilleures scènes de l'Histoire du cinéma.


Chef-d'oeuvre incontestable, "Les Rapaces" contient déjà tout ce que l'on aura à dire sur l'Homme, la valeur fictive et superflue de l'Argent en tant que symbole et surtout sur la critique de la cupidité qui prend une valeur des plus fortes au fil du film. Jamais le muet n'aura autant parlé que dans cette grande fresque pittoresque et corrosive.

dimanche 21 mars 2010

Baraka, Ron Fricke (1992)


Que dire lorsque la seule image confère à l'Universel, lorsque le silence se met à parler pour délivrer des messages plus déchirants les uns que les autres, lorsque la simplicité engendre la beauté et l'harmonie? On reste alors muet tant l'on se sent en osmose avec cette succession de séquences à l'esthétique parfaite.

"Baraka" est certainement le documentaire le plus abouti quant à la description de la condition humaine. Décrivant l'Humanité comme un Eternel Recommencement, Ron Fricke construit ce que l'on sait déjà et nous fait ouvrir les yeux grâce à des comparaisons judicieuses peu avouables.
Le Temps est ici une simple donnée qui revêt différents rythmes. Ainsi les paysages luxuriants que l'on est amené à voir sont filmés en accéleré afin de montrer qu'il existe une beauté impérissable, inatteignable par l'Homme mais pourtant indissociable de lui. Il en est de même pour les séquences traitant de nos sociétés modernes. Semblables à ces poussins qui sont embarqués sur des chaînes automatisées et dont l'issue est déjà prédéfinie, nous évoluons selon un rite commercial, troquant nos services contre des besoins superflus. Il en découle un déplacement répétitif et inutile laissant les plus faibles dans une misère absolue et intemporelle. Cependant, lorsque le réalisateur renoue avec notre unité de temps, c'est pour filmer des rituels ancestraux ou des visages de personnes pieuses. L'Homme ne serait-il heureux que dans la croyance et l'innocence? Telle est la problématique que pose "Baraka". A une vie anarchique et illusoire vient s'opposer une vie pieuse et cadrée, dénuée de tout matérialisme.

La destruction est également un des thèmes forts du documentaire. Filmant avec passion les vestiges de civilisations ancestrales, le réalisateur nous fait avouer que le Beau, l'Abouti et le Luxuriant ne sont qu'éphémères, une sorte de transition entre la Grandeur et le retour à l'animalité. L'Humanité prend alors cet aspect cyclique à nos yeux, recherchant à nouveau le Beau, recommençant les mêmes erreurs que le passé, s'évertuant à se mordre la queue.

"Baraka" est un documentaire optimiste car il met en valeur une beauté planètaire qui semble immuable, inatteignable par l'Homme. "Baraka" est un documentaire pessimiste car il montre l'Homme et sa civilisation comme une entité perissable qui renaît sans cesse de ses cendres afin de disparaître à nouveau de la même façon. "Baraka" est une belle leçon de cinéma qui tourne le dos à l'Art explicatif pour bousculer le ressenti du spectateur. Un documentaire incontournable et culte.

jeudi 11 mars 2010

Murakami Ryu ou le pessismiste contrarié


Quelle est la part foncière de l'Homme? Comment se comporte la classe moyenne japonaise lorsqu'elle tente de percer le mystère de la vie? Que devient un homme lorsqu'il est emporté par le tourbillon de ses pulsions? Autant de questions que se pose le marquis de Sade des temps modernes.

Sado-masochisme, influence de la sexualité et déchéance irréversible semblent être les trois thèmes phares de l'auteur. Pourtant Ryu est impudique à outrance, il se met à nu devant le lecteur, lui dévoile ses sentiments, ce qu'il admire chez l'Homme. Toute cette violence ambiante, ce retour à la vie primitive grimé par un matérialisme aveuglant ou encore cette plongée abyssale dans la drogue ne reflètent que les désillusions vécues par l'écrivain. Ryu aime la musique (1969, Ecstasy, Melancholia, Thanatos), les cultures ancestrales ( sa trilogie) et surtout l'âme humaine dans laquelle il y voit une richesse incroyable qui se concrétise par la seule misère sexuelle et morale.

A l'instar de Bukowski, Ryu est un écrivain qu'il faut comprendre pour pouvoir apprécier son oeuvre. Certes, "Les Bébés de la Consigne Automatique", un de ses chefs-d'oeuvres, est captivant dès les premières lignes et l'anonymat nuirait en rien à la qualité du récit. Cependant dès que l'on aborde sa trilogie,"Lignes" ou "parasites", on remarque d'emblée un travail méditatif colossal, une réflexion poussée sur des thèmes primaires. On se demande alors pourquoi l'auteur se donne tant de mal s'il ne fait que vomir son dégoût de l'Humanité à chaque mot. On pense alors à Cioran, mais on oublie vite cette comparaison tant le récit de Ryu s'en détache par la dualité de ses personnages.

Tout le talent de Ryu réside dans sa prose et la construction anarchique de ses récits. Volontairement dérisoires, ses phrases reflètent l'animalité des Hommes qui s'obstinent à se camoufler derrière une vitrine sale qu'ils tentent de conserver en l'état afin de ne pas aperçevoir leur reflet. Pourtant ce qu'ils vivent n'est que l'image qu'ils n'osent regarder en face. L'écrivain, par sa prose, passe donc un coup de chiffon sur le miroir et reconcilie l'image et son sujet. Et c'est parti pour une avalanche de vices les plus abjectes, une recherche de la jouissance absolue par la drogue et le sexe qui met en scène des âmes déchues car lucides de leur sort. La construction désordonnée vient enfoncer le clou et faire émerger une naïveté chez ses personnages. On se sent alors étranger au récit afin de mieux l'observer et on posséde un recul en même temps que la connaissance des évènements. Outre "Les Bébés de la Consigne Automatique" et "1969", les romans de Ryu ne se vivent pas, ils s'observent et remettent en question chaque acte de notre propre vie tant les images extrêmes qu'ils nous infligent nous accompagnent une fois le livre refermé.

Enfin ce qu'il y a de drôle chez Ryu, c'est qu'il nous fait ressentir ce qu'il n'écrit pas. En dehors des évènements qu'il relate, on se pose des questions sur les pages qu'il a laissé blanches. Considéré à tort comme le chantre des générations désabusées, il va bien au-delà d'une simple description et y ajoute un côté mystique qui déclenche l'imcompréhension et donc la réflexion du lecteur.

mercredi 20 janvier 2010

Muriel ou le Temps d’un Retour, Alain Resnais (1963)


Quête d’un Paradis Perdu, recherche de soi à travers un passé que l’on tente en vain d’oublier, interaction entre une multitude d’âmes vides et de chairs dépassées par les évènements, « Muriel ou le Temps d’un Retour » dessine avec brio l’Inquiétude Générale d’un peuple en manque de repères. Tournée en quasi huis clos, cette fiction atypique tente de percer la contradiction entre conscience et inconscience, mensonge involontaire et lucidité aveugle, traumatisme et avenir.

La Guerre est ici le motif concret, l’origine des séparations et des changements de comportement fonciers, l’excuse du « c’était mieux avant ». On survole les acteurs et leur jeu pour mieux les pénétrer par la suite. Construit de manière chaotique, tant sur le plan technique que narratif, le film illustre le sentiment de désarroi général en même temps que l’instabilité d’âmes déchus et périmées. On remplit le vide présent avec le vide passé, on s’invente un bonheur nostalgique espérant le voir enfin apparaître. Mais le poids du passé est trop grand, par l’usure qu’il apporte mais également par la gestion du présent.

Pourtant il est difficile d’expliquer concrètement cette instabilité, tant ces personnages délavés paraissent calmes, intériorisant au plus profond d’eux-mêmes leurs secrets existentiels. Comment reconstruire ce que l’on a perdu si on n’y trouve aucun sens ? La Guerre remet en question le côté linéaire de la Vie, marque une coupure où le temps s’arrête, oblige une deuxième naissance dotée d’une mémoire trompeuse pré utérine.
Malgré quelques images d’archives, la Guerre ne se remarque pas, elle ne se lit pas non plus mais elle se sent. Constamment présente dans la tête des interlocuteurs, elle prend la forme d’une sueur sèche accrochée sans cesse à la peau.

Images saccadées, personnages étouffés par le vide qui comble leur lassitude, essai expérimental sur la déconstruction du temps et de sa linéarité, « Muriel ou le Temps d’un Retour » amène à réfléchir de manière cruelle sur le sens d’une existence, ou du moins sur sa quête. Cette dernière ne serait que le résultat d'une lecture dans le regard d'autrui, une apparence biaisée qu'on adopte en quittant notre regard morne des soirées solitaires.
La réalisation expérimentale permet au film de Resnais de tendre à l’universalité sans marquer une quelconque époque d’un point de vue technique. Enfin il faut saluer la prise de position du réalisateur qui dénonce l’utilisation du mot « événements » pour nommer la Guerre d’Algérie, et ce à peine une année après la fin des hostilités. A voir.

dimanche 10 janvier 2010

Laide Entité Nationale


Je me présente, je m’appelle Jean-Mouloud Abd-El-François, né à Alger La Blanche d’un père Tchétchène et d’une mère Russe. Ce subtil mélange m’a doté d’une peau grise, inqualifiable d’un point de vue racial. S’il fallait un terme précis pour me ficher on pourrait utiliser le néologisme « Malgrébien ». Ma misérable existence ne pouvait pas compter sur l’argent du Beur, encore moins sur l’obole du blanc. Ah la Couleur Blanche!!! J’en ai rêvé pendant longtemps !!! J’en emplissait tout d’abord mes copies doubles durant mes courtes études peu fructueuses, m’en suis vêti des pieds à la casquette grâce au Beau Serge Taquin, en observais la lueur au sommet des furoncles qui illustraient mon visage de petites bulles semblables à des claque-doigts, m’extasiais à son arrivée lorsque j’ai commencé à côtoyer les filles…

Mon quotidien est plutôt redondant, une routine qui évolue continuellement sans pour autant changer de gueule. Passionné tardivement par la littérature officieuse, du moins par celle que l’on découvre après l’Ecole, je passe parfois des après midi entiers à dévorer des livres plus ou moins frivoles. Allongé sur le lit, une capuche sur la tête, un coussin sur le ventre, le livre posé sur celui-ci afin d’éviter le mal aux bras, je suis prêt à arpenter les lignes parfois sinueuses que mes yeux suivent horizontalement (la plupart du temps). Tenez, je vous donne un exemple de ce que je peux lire… Récemment je me suis lancé dans la lecture du « Petit Geek illustré », ouvrage distrayant mais aussi plat qu’une série télévisée, un livre à gueule de bois en somme. Je ne peux m’empêcher de vous en lire un extrait, car ma vie et mon ressenti semble vous intéresser. Voici donc :

« Axel et Peggy (surnommée Peg), deux Geeks illustres, couple souterrain et virtuel, vivent en harmonie. Peu de sources relatent la vie quotidienne de ces acolytes hors norme. Seul un journaliste d’investigation a pu enregistré quelques bribes de dialogue :
- Axel : ACHETER UN MAIL ??? Les gens sont devenus fous !!! Le principe de gratuité d’INTERNET, c’est A VIE !!! HEIN PEG ???
- Peggy : Quoi ??? JE PEGUE ???
- Axel : Non, je m’adressais à toi, c’est RARE !! C’est une chose que je n’aime POINT FAIRE !!!
- Peggy : Tu te moques de moi là !! PD FEU au cul va !!
- Axel : Tu vas voir si je suis un PD !! (Il ouvrit sa braguette, on entendit un petit ZIP !)
- Peggy : Non, POINT COMME ça !!! je préfère qu’on fasse ça par Webcam c’est mieux :(
- Axel : je voulais simplement t’intimider, EST-CE RATE ?? :(
- Peggy : AXEL !! Regarde !! Un journaliste d’investigation !!!
(fin de l’enregistrement) »

Outre mes nombreuses lectures, je sors de chez moi de temps à autre et rencontre de vrais humains que je semble aperçevoir en qualité HD, un peu comme un film dont on détient le lancement du générique de fin. J’aime m’ennivrer légèrement avec eux à l’aide de Wisgeek et de Rom bien tassés. Mais dès qu’arrive l’ivresse, je lave mon corps à l’eau de peur de me dévoiler. Cela empêche rarement la gaule de bois du lendemain et mes réactions changent, je deviens un jambon-Beur, mi-bête mi-homme. Tenez la dernière fois, la tête pleine d’échardes, je rencontre une jeune demoiselle dans la rue : j’ouvre ma bouche pâteuse et lui demande : « Excusez moi mademoiselle, vous auriez l’heure s’il vous plait ?? Vous seriez bien aimable. » Mais la bête en moi ne pu s’empêcher de ponctuer ma requête par un majestueux « Salope !!! ». Je m’acharne alors sur cette gentille fille : « vas-y fais péter ton Shit, j’en suis sûr tu fumes des spliffs toi. Lâches ta deum que je roule quelques sticks, nique la France!! ». Je me mets à faire la cigale en plein hiver « tsst tsst tsst tsst tsst!!! » J’enrage, j’en veux à mon pays entier !!! Puis ma peau redevient grise et je me sens honteux. Je rentre chez moi, allume l’ordinateur, ouvre un bouquin traitant de l’influence de la cour de Louis XIV sur l’évolution de la noblesse de robe, pendant que mon film de cul se charge en streaming…

mercredi 30 décembre 2009

Cuba Feliz, Karim Drdi (2000)


A mi-chemin entre "Buena Vista Social Club" et un film de Tony Gatlif, "Cuba Feliz" suit la vie de Gallo,chanteur de rue, vagabond mélancolique, Messie musical qui nous entraîne à la rencontre des musiciens officieux de Cuba, plus touchants et talentueux les uns que les autres.

Un chapeau, un étui à guitare et un cigare sont les seuls attributs que ce petit être frêle transporte avec lui. Le reste s'appelle le Vécu, l'échange et le partage. On découvre alors le vrai visage de ce petit bout de terre que l'on nomme Cuba, minuscule île à l'Histoire mouvementée, peuplée par une population brassée au possible. A travers la Musique, religion officielle, on ne peut que tomber amoureux de ce peuple qui semble avoir sélectionné ce qu'il y a de mieux. Plus que la musique mexicaine, qui peut sembler assez fade et redondante par moment, le "style cubain" regroupe tous les courants musicaux, s'ouvrant même sur une sorte de rap tribal qui s'organise sous forme de battle. Vieux et jeunes se confrontent et entrent en osmose par le seul biais de la musique. Même si l'on ne comprend pas l'espagnol, il suffit d'observer les expressions des chanteurs et des musiciens pour en déceler les paroles.

Plus qu'un simple documentaire, "Cuba Feliz" est une leçon donnée au monde. De part la modestie de ses habitants, qui se contentent d'un rien du tout pour vivre et en semblent plus qu'heureux. De part la tolérance qu'il y règne où différence d'âge, couleur de peau et sexe ne sont que mieux accolés pour en faire naître un substrat des plus exquis. Enfin de part l'hommage qu'il rend à la musique en donnant la parole (chantée) à de vrais musiciens au coeur gros.

vendredi 25 décembre 2009

L’immoraliste, André Gide (1902)


A travers ce court roman d’une profondeur surprenante, Gide pose les bases de sa vision du Surhomme déjà élaborée par Nietzsche quelques années plus tôt.

Michel est né dans les livres, se nourrit de culture et d’eau fraîche. Eduqué par son père, il se lance dans des analyses très pointues telles que « l’influence de l’Art gothique sur la déformation de la langue latine ». Mais la maladie (tuberculose) puis le mariage avec Marcelline vont le transformer peu à peu.

La maladie lui fait prendre conscience de la valeur d’une vie mais surtout de son côté précaire. Cela fait naître en lui une hypersensibilité, une recherche du vrai soi. De même Marcelline déclenche en lui la naissance de sa « vie physique ». La jouissance ne se trouve plus dans les livres et l’aspect abstrait du passé mais plutôt dans le présent et le sensoriel.

Dès lors, il rejette toute forme de culture abstraite et recherche dans celle-ci la grandeur de ses héros, celle qui peut toujours vivre en chacun de nous. La peur de la Mort qu’a engendré la maladie à créer un traumatisme envers l’Histoire. Cette dernière est le récit lucide de la mortalité humaine, une suite d’épopées, de ruines du présent. Il faut donc puiser dans ce passé ce qui est foncier dans l’humain, ce qui peut être utilisé dans le présent. La culture comme simple enrobage de son être doit être renié, tout comme toute forme de morale. Il faut se retrouver, cultiver sa différence. Comme l’affirme Ménalque, rencontre haute en couleur, lorsque l’on invente on est toujours seul, il faut oublier le passé, « être comme l’oiseau qui s’envole et oublie son ombre ».

Michel devient un être immoral. Sa maladie a été en quelque sorte une expiation de son être raisonné par l’extérieur, une métamorphose, une renaissance. Place à la conquête du noyau dur de son être. On remarque alors qu’il montre un réel intérêt pour les enfants, êtres encore nature et vrais, et notamment en la personne de Moktir qui vole un couteau en douce. Le paysage prend une valeur différente à ses yeux. Il se passionne pour le désert, contrée où toute espérance et carrière humaine échoue. La culture arabe semble merveilleuse tant elle se vit et ne s’apprend pas. Son amour avec Marcelline devient de plus en plus en intense, malgré la maladie croissante de celle-ci.

Travail intense dans un premier temps, l’être immoraliste commence à prendre racine en Michel. L’honnêteté le rebute tant elle est fausse et empreinte de toutes les vertus non inhérentes à l’homme. En somme plus que l’être recherché, c’est sa métamorphose qui lui semble être le plus bénéfique à son moral. Jouir d’une situation quand on sait que ce que l’on rejette présente moins d’attrait et de jouissance, ne peut qu’accroître son propre plaisir.

Au final, « l’immoraliste » est une sorte de fiche synthèse sur la recherche du noyau dur de l’être. Cultiver sa différence, acquérir une liberté existentielle, ne puiser dans la culture que grandeur de l’âme, autant de messages de Gide livre avec une impudeur loin d’être retenue. On réalise rarement que ce livre à presque 110 ans et choque encore quant aux propos libertaires et dénués de toute morale en particulier sur des thèmes comme la pédophilie ou l’homosexualité. Sujets encore tabous aujourd’hui mais décrits de manière lascive par Gide.

lundi 14 décembre 2009

Les Deux Etendards, Lucien Rebatet (1951)


Les Deux Etendards", expression que l'on trouverait du côté d'Ignace de Loyola, fondateur de l'ordre des jésuites, ce sont ces deux courants de "pensée" qui opposent Régis et Michel, amis de longue date.
Régis a la foi, substance chimique que l'on hérite de ses parents ou que l'on acquiert par une concession faite à l'au-delà. "Il suffit d'accepter de croire pour croire" affirme Régis qui désire consacré sa vie à la prêtrise. L'indulgence envers le non-fondé permet d'ouvrir la porte à la religion qui envahit notre être dans tout ce que l'Homme a brassé depuis la nuit des temps...
Michel est artiste, il ne croit qu'en ce qu'il possède et observe. Il est pragmatique et côtoie l'abstrait par son Art, il le créé. Ses discussions avec Régis vont très loin, on semble toucher parfois le fond du problème métaphysique qui réside en chacun de nous, pour retomber de plus belle dans la contradiction et le non-sens le plus niais.
Mais surgit Anne-Marie, vouée elle-aussi à une carrière religieuse. Elle est belle, éveille le stupre et la fornication sentimentale en Michel, l'adoration divine en Régis.Cette sainte trinité va fusionner pour mieux faire ressortir ses divergences. Michel va aimer en cachette dans un premier temps, laissant à leurs idylles les deux amoureux platoniques.
Mais pour Anne-Marie, les deux hommes sont complémentaires, elle éprouve le besoin de partager des moments avec les deux. Michel finira par passer à l'action et devergondera Anne-Marie qui se retrouvera perdu du fait d'une nostalgie envers une foi perdue et regrettée.Entre deux considérations sur la musique, la grande, la belle ( selon l'auteur), on assiste à de profonds débats théologiques et finalement sur la vie, car la foi influence le caractère et les actes de chacun.
Usant d'un style remarquable, Rebatet ennuie parfois tant il creuse sa réflexion et l'étale sur de trop nombreuses pages. Mais quand arrive à nouveau un passage rythmé, l'auteur sait se rattraper et se montre corrosif. On s'émerveille alors d'une comparaison entre Lyon (qu'il exècre) et Paris (qu'il admire), des noms de lieux aux agencements de la ville ainsi qu'aux gens qui les peuplent, Lyon est mis à mal et semble humiliée derrière des mots trop forts. De même le passage où Michel suit une fille dans la rue et tombe dans un lieu sordide où il se fait tabasser. Rebatet sait se montrer cru et sortir de son style classique et Grand.
Malgré sa longueur (plus de 1000 pages) et ses langueurs, "Les Deux Etendards" revêt un caractère unique, celui de concilier un aspect classique avec un langage crûmment populaire, celui de décrire des situations bestiales entre deux réflexions théologico-philosophiques, celui de ne s'occuper uniquement des sentiments intérieurs des personnages sans s'étaler sur les frivolités de l'apparence. Enfin le roman met en avant la part foncière de l'être humain qui semble irréversible, cette vraie foi selon rebatet, qui semble immuable bien que remise sans cesse en question...

Le Regard d’Ulysse, Angelopoulos (1995)


Longue Odyssée à travers les Balkans déchirés par la guerre, succession de plans sublimes faisant apparaître une cruelle nostalgie envers une époque qui n’est déjà plus que spectre d’elle-même, réflexion sur la nature du cinéma ainsi que sur sa préservation en temps de guerre, « Le Regard d’Ulysse » émeut, dérange et fait trompeusement rêver le spectateur.

Dès les premières images, Angelopoulos filme la mer, une vaste étendue d’eau surannée que même les bateaux semblent fuir. Puis on tourne le dos à celle-ci afin de contempler cette terre, berceau de la civilisation, royaume de la philosophie et de la liberté, siège antique de l’Art dans ce qu’il a de plus luxuriant. Mais on n’aperçoit que du brouillard, le temps semble arrêté voire terminé. Cette terre ne sert plus désormais que de plancher à des êtres humains en perte de repères, livides et errants, observant leur civilisation officielle en train de fondre. La statue de Lénine, désossée et allongée face au ciel, dérivant sur un fleuve nébuleux sous le regard curieusement naïf d’un peuple inculte (considérant la scène comme un évènement),aveuglé face à une décadence accélérée et subie, en est l’exemple le plus touchant du film.

« La Grèce est un pays mort » à entendre le chauffeur de taxi qui emmène notre cinéaste, personnage principal de ce film, vers la frontière avec l’Albanie. La seul fraternité et grandeur qu’il existe désormais chez ce peuple, c’est la convivialité, « le partage d’alcool et l’écoute des mêmes chansons ». Peut-être ces valeurs permettront à l’humanité de s’éteindre en paix, puisque grandeur et dignité se sont évaporées.

De ce constat pessimiste, Angelopoulos va en faire un terreau fertile en menant une réflexion sur la place du cinéma, sa nature et sa survie. Le cinéma est éternel (la mort du caméraman dans la première séquence du film le met en avant), il immortalise mais aussi préserve un savoir faire, une coutume ou des personnalités. Mais il peut également devenir une arme en temps de guerre, un témoignage dérangeant car forcément subjectif. L’universalité à laquelle veut tendre le cinéma n’est qu’un but inatteignable, une frustration qui pousse l’Art à se développer, créant une branche à un éventail qui s’agrandit au fil des générations. L’universalité est cette donnée infinie qui ne peut être palpable que par morceau, une multitude de regards en quelque sorte.

Le regard omniscient d’Angelopoulos offre au voyage du cinéaste une multitude de sens plus métaphysiques les uns que les autres : un voyage temporel, qui explore le développement infini du cinéma en tant qu’Art, qui défile sous nos yeux, construisant par la même occasion le film ; un témoignage sur la guerre à travers la rencontre de personnages qui vivent au rythme des mitraillettes (la scène du nouvel An où l’on vient arrêter des dissidents en dansant restera culte) ; un voyage personnel d’un cinéaste qui à travers la recherche d’une bobine cherche sa véritable personnalité dilapidée à travers ses films, un peu comme un clown qui part à la retraite et qui se trouve étranger en lui-même.

« Le Regard d’Ulysse » est finalement le film le plus rythmé d’Angelopoulos, il traduit une certaine angoisse existentielle et transmet une image chaotique propre à la guerre. Le vide intérieur d’un cinéaste angoissé et perdu s’harmonise avec le chaos extérieur d’une période mouvementée pour finalement se terminer sur l’espoir d’un éternel recommencement.

mardi 22 septembre 2009

Frustrations et dépendances


Ca y est le wagon est raccroché, la marginalité ou plutôt l’exclusion dans laquelle François a été victime tout au long de son enfance n’est plus qu’une page tournée. Pourtant rien n’a changé dans son être, il a juste rencontré des personnes différentes, peut-être plus matures ou moins exigeantes. Il a désormais des envies de crier, de se faire une place dans sa nouvelle vie, de rattraper ou d’effacer le temps perdu. Sa différence, qui lui a jadis tant fait défaut, il en joue à présent, en force le trait et y construit une bonne partie de sa personnalité, par le folklore et la pseudo dérision.

Pourtant les séquelles sont encore là. Son rapport avec certaines personnes semble affecté à jamais. Jadis, François était touché par chaque nouvelle personne qui daignait entrer dans sa vie, c’était son univers entier qui prenait un nouveau visage, un nouveau départ. La frustration a certes bien disparue, psychologiquement, par un arrangement qui s’est construit sur le long terme, mais ce qui persiste c’est la dépendance envers une frustration passée.
Sa place dans la société n’aspire pas à la stabilité. Acceptant la domination de certains êtres, il refuse que des personnes semblant à sa portée puissent avoir des qualités qu’il n’a pas sur le moment ou qu’il n’aura jamais. Le combat de François se déroule essentiellement dans sa « caste », dans ce qui lui semble abordable. Quand il ne parvient pas à évoluer il tente de mettre sous le regard d’autrui les défauts de ses semblables, afin de garder une proximité dans la course qu’il mène vers une finalité qu’il ignore lui-même mais qui rythme sa pauvre vie de frustré.

Au fond de lui François reste malheureux, attend ce qu’il souhaite tout en sachant inconsciemment qu’il ne l’aura probablement jamais. Il tentera de préserver sa nouvelle personnalité tant qu’elle conviendra aux autres puis en changera avec l’évolution de son entourage, toujours en évitant d’être lui-même de peur que ce passé douloureux rejaillisse à tout moment…

lundi 21 septembre 2009

Cirrhoses de la rue




Blessé par la chaleur glacée d’une nuit disparaissant derrière une lueur de plus en plus livide, déçu de n’avoir encore en tête qu’un souvenir à inventer, je trimballe avec moi tout un univers pourrissant et jetable qu’il faudra gérer l’espace de ces quelques heures avant de rejoindre mon pieu, berceau des mes idées noires. Mes jambes, remplies d’un sang des plus acides, semblent détachées de mon corps, divaguent par moment et me mènent vers des contrées que je connais par cœur. Je ne fume plus mais fait sortir machinalement une fumée irritante que je peine à ingurgiter. Intoxiqué, je ne l’aie jamais été autant qu’aujourd’hui, depuis la dernière fois, jusqu’à la prochaine fois… Mon cœur fonctionne en manuel, c’est moi qui lui ordonne sa cadence, qui le fait vivre. Chaque bouffée d’air vient me rappeler que j’en manque cruellement, jadis aspirateur d’air pur je ne suis désormais qu’une cheminée mal ramonée qui tire de plus en plus mal. Spectre de moi-même je ne pense plus, je survis en pensant que je suis jeune, que ces excès disparaîtront quand j’aurais exorcisé mon mal-être avec la nuit journalière à venir.

C’est décidé je rentre. Il le faut avant que je n’observe les gens réglés qui dormaient lorsque je cherchais en vain un peu de chaleur humaine. Tout est raté, encore une nuit passée dans le Vice le plus stérile, et pourtant je recommencerai. Je ne sais quel espoir me pousse à m’user de la sorte. La Mort m’effraie mais pourtant je la provoque chaque nuit, lui tend la main avant de la retirer au dernier moment. Je ne supporte plus les soirées en intérieur ou la table sur laquelle je pose mes bouteilles et mes culs de clopes expose quantitativement mon suicide annoncé. Ce qui aurait été gratifiant lorsque j’étais imberbe est désormais malsain et effrayant. Je me consume à petit feu, dans l’anonymat, je veux tuer toute ma vie avant de mourir, n’offrir à la Mort que le minimum de vie pour qu’elle reste sur sa fin.

Je me réveille et je vais mal. C’est décidé j’arrête tout, je peux me rattraper, effacer toutes les erreurs qui logent dans mon corps. Puis il reste tant de films à voir, de livres à découvrir, de musiques à écouter et à refaire. Je contemple ma bibliothèque et je m’émoustille à l’idée de lire cet énième Dostoïevski, qui me poussera vers un autisme passager. J’allume mon ordinateur et fait une liste des films que je vais regarder le lendemain, car aujourd’hui le temps s’est arrêté, je ne peux que préparer mon présent, en attendant de se remettre à vivre. Chaque seconde je meurs, un flash morbide apparaît puis disparaît, des sueurs froides et des hauts le cœur viennent rythmer ma passivité. Jamais je n’ai autant regretté d’avoir accélérer ma vie. Hier j’aurais pu faire ce que je ferai demain. Quel gâchis…

Ma deuxième nuit s’est mieux passée. Je me réveille avec une certaine joie de vivre, je lis, regarde un film et suis satisfait à l’idée d’avoir fait quelque chose de ma journée, d’avoir donné un peu plus de valeur à ma personne. Cette amélioration de moi me donne envie de sortir, il faut que je montre le nouveau moi aux autres, peut-être trouverais-je quelqu’un qui daignera m’écouter, du moins en fera-t-il semblant…

dimanche 30 août 2009

la Flemme

L’alchimie de l’introversion


Depuis toujours et pour toujours, chez certaines personnes, le cerveau et le corps décident de faire bande à part et méditent en cachette afin de se faire des confidences sur le monde qui les environne. Tout moyen d’expression est alors une protection, un leurre voire un néant visant à évacuer un surplus d’informations enfermé dans une spirale jetable. Trop de détails présents et à venir entraînent une déstabilisation et un repli sur soi; plutôt qu’assimiler, digérer et répondre, on encaisse et tente en vain de gérer.

Pourtant lorsque l’on se retrouve seul ou en petit comité, aucun gêne, on arrive presque à être soi-même. La crainte de l’inconnu, le désir de s’adapter et la peur de la défaillance qui rejaillirait sur notre personne toute entière seraient donc à l’origine de tous ces maux. Où se trouve le seuil nous donnant droit à l’erreur tout en gardant un certain bien-être ? Est-ce en fonction du temps, de l’intensité des rencontres, du taux d’alcool que l’on a dans le sang ? Ou serait-ce simplement un problème de confiance en soi, d’estime de soi-même ou d’intérêt pour le superflu ?

Faire face à ses inhibitions par la provocation afin de percer le mystère d’autrui, évacuer les ondes agressives d’êtres humains sur lesquels on appose encore un point d’interrogation tout en essayant de se déceler une valeur dont on arrive à peine à dresser l’esquisse dans son for intérieur, telles sont les éternelles masturbations corporelles qui agitent l’introverti. Ce dernier a besoin d’espace, d’un cadre dans lequel il possède une échappatoire à toute situation déstabilisante. Il n’aime pas se retrouver enfermé dans un cercle psychologique et éprouve le besoin intime d’observer une voie de secours qui ne le fera jamais évoluer mais qui le réconfortera, du moins en aura-t-il le sentiment.

Désormais toute existence ne se réduit qu’à un bien-être fictif, celui qu’il aura acquis par la gestion et non par la présence et la stature. Introversion et paranoïa se lâchent rarement la main et concourent ensemble afin d’annihiler toute forme d’action ou de libération de l’individu sur lequel elles exercent Autorité.

Ce Grand Renfermement découle peut-être d’un attachement trop fort à l’être humain. L’introverti surestime l’existence misérable de l’Etre Humain, y voit une richesse, une rationalité trop importante, et se focalise sur le moindre détail qui le fait saturer en continu. Dès lors, la moindre cigarette, le simple verre de vin que l’on fait durer quand il n’y a que ça, deviennent des remèdes formidables pour affronter ce mal. Le geste compte beaucoup plus que le but recherché, il camoufle l’introverti pendant la majeure partie de sa confrontation avec Autrui.

En somme l’introversion, la paranoïa et la timidité sont des vices que l’on acquiert à la naissance. Les individus s’en détachent plus ou moins selon leur vécu, leur éducation et leur vision de la vie. Pouvoir se libérer grâce aux barrières que l’on arrive à installer entre sa propre personne et le reste du monde, tel est le combat que l’introverti a perdu depuis longtemps. Gérer les attaques humaines de ses semblables, telle est sa manière de survivre.

mercredi 12 août 2009

Lou rides


Née le long de mon cul, je n’ai fait que m’asseoir sur toi durant de longues années. Parfois je te ventilais, te faisais vomir un bon churros au chocolat et t’essuyais la bouche avec une serviette. Nous étions comme cul et chemise et je te fis un apprentissage bénéfique à notre cohabitation. Puis vint la période adolescente, celle où l’on te conjuguait à l’infinitif afin d’avoir le style skateur. Tu passais ainsi du cul à la bouche sans véritable transition. Parfois l’on te prénommait Lou et tu entrais avec une violence sensible au creux de nos oreilles.

Puis cette période tant redoutée arriva, sans que l’on puisse rien y faire. Comme si je faisais la grimace en permanence, tu es venue figer mes expressions d’antan, marquer à jamais mon cul ride culum vitae. Toutes ces cuites que l’on pensait avoir gérer, digérer et oublier sont venus se loger sur mon front, mes joues, mes bras, mon chibre !!!!!!!!

Désormais c’est l’invasion. Avec 23 de tes potes tu piétines mes loukoums, tu craquelles ma jeunesse pour mieux la décomposer en fragments de moi qui se retrouveront séparés à jamais. La nuit je cauchemarde au taquet, je rêve que mon front se transforme en piste pour moto-cross et cela me donne des migraines à n’en plus finir. Le miroir me renvoie jour après jour une gueule qui ressemble de plus en plus à un puzzle. Ah, c’est bientôt la fin…

mardi 11 août 2009

Renaud (1954-1995)


Tu les embrasses au mois de Janvier car une nouvelle promo commence, mais depuis quelques années tes phrases ont bien changées. Dès que t’as retrouvé ton flingue, les munitions sont tombées, tu as troqué Dominique, muse d’antan, contre Romane, blondasse péroxinée version Arielle Dombasle sans talent. Avec tes camarades bourgeois et les bobos, tu as préféré délaisser la tire à Dédé contre un 4 4 flambant neuf afin de justifier ton bulletin d’écolo et de ressembler à ces cinq cents connards.

Pourtant tu parais plus sensible, baltique n’est plus hilarant mais ce pauvre chien sans maître que l’on empêche de rentrer dans une église. Tes textes corrosifs se sont envolés avec ta voix. Désormais semblable à un déchet nucléaire, elle s’enterre avec tes idées, mais marquera les nouveaux fans de Renaud, tout en dissimulant ta biographie lorsque les clopes arrêteront ta vie. Mais l’amour perdu qui t’a fait revenir sous les projos est en train de te rendre ridicule depuis que tu l’as retrouvé et t’as même fait raté un album entier.

Malgré cela, tu pourrais rouvrir les chambres à gaz, voté Sarko ou encore continuer à chanter que l’on t’aimerait encore. Tu as bercé notre enfance, orienté nos vies et nos opinions, tu es devenu notre pote lorsque que l’on se retrouvait seul dans sa chambre. Tu fais parti de ces artistes qui ont réussi avant les autres à réintroduire le style musette que l’on observait jadis aux ptis bals du samedi soir. Et ce n’est pas ces putains de cheveux blancs que tu caches sournoisement ou cette voix éteinte en même temps que le rebelle qui nous détourneront de toi. On jettera toujours une oreille à tes nouveaux albums si tu as la mauvaise idée d’en produire d’autres. Longue vie au chanteur mort en toi !!