mardi 13 janvier 2009

Sale F.D.P!!!


Avec tes cheveux roux qui deviennent très vite grisonnants, tu vieillis de plus en plus vite. Bizarrement, lorsqu’on est jeune on te laisse le cul à l’air pour finalement te vêtir d’une couche lorsque la maturité et l’âge nous travaillent. Avec toi, on devient sadique, plus tu nous fais du mal et plus on t’aime. On t’offre ce qu’il y a de plus profond en nous, tu es le seul autorisé à voir notre intérieur l’espace d’un instant avant qu’on te rejette d’un simple soupir neutre et indifférent.

Avec le temps, on prend un malin plaisir à t’habiller. On se rappelle le temps lointain où l’on gerçait ton bel habit blanc faisant ressortir ton torse velu et humide. Mais à chaque fois on récidivait et on t’apportait un peu de chaleur. Aujourd’hui, on devient perfectionniste et on n’accepte aucun plis ni défaut dans ta présentation. On attend un peu avant de te faire vieillir et on admire cette préparation parfaite.

Quand vient le moment où tu te rends utile, on aime à observer ce que l’on fait de toi. Certains t’embrassent discrètement du bout des lèvres, plus où moins longtemps, alors que d’autres, plus avenants et chaleureux, y mettent carrément la langue. Mais ces derniers se retrouvent très vite la bouche pleine de tes poils de cul et optent vite pour la couche. Dans tous les cas, ce contact t’émeut et te fais rougir au plus haut degré, si bien que tu ne sais plus où te mettre et te fais de plus en plus petite.

Parfois, on te met au vert, l’histoire que tu pètes la forme, et on te prend en tournante, entre potes, pour une bonne partie de rigolade. Puis quand tu n’as plus aucun intérêt pour nous, on te balance dans un trou ou par terre, ton cul noir et parfois creux pointé vers le ciel.

Qu’on soit croyant ou pas, la résurrection est un fait réel avec toi et même si l’on te déteste de plus en plus avec le temps, tu seras toujours là pour nous rappeler combien c’était con d’avoir cru en ton amitié…

mercredi 7 janvier 2009

Der Freie Wille, Matthias Glasner (2006)


Le « Libre Arbitre » ou l’art de pouvoir contrôler et décider de ses propres actes. Glasner construit son film sur cette notion ambiguë et abstraite en nous livrant un portrait grinçant et froid des pulsions qui se trouvent (peut-être) au fond de chacun d’entre nous.

Théo est animé de pulsions et ne peut s’empêcher de violer des femmes lorsque celles-ci l’émoustillent. Il est soigné dans un hôpital psychiatrique puis relâché pour bonne conduite. Dans un premier temps, un peu à la manière d’ « Orange Mécanique », Théo semble se comporter normalement. Il ressent toujours ses pulsions mais parvient à les canaliser par le travail qu’il réalise sur lui-même depuis la fin de son traitement médical. C’est alors qu’il rencontre Nettie, jeune femme abusée sexuellement par un père qui n’a pas respecté son rôle. Cette dernière s’éprend de Théo et parvient à former un couple quasiment normal avec lui. Faisant preuve de tolérance mais aussi de compassion envers le psychopathe, un semblant d’histoire d’amour naît entre les deux acolytes. Le besoin de réconfort et la solitude de Nettie viennent renforcer le sentiment naissant de normalité chez Théo. Ce dernier se sent à l’aise et réussit à vaincre sa peur des femmes, l’espace d’un instant, avant d’être à nouveau victime de ses pulsions antérieures…

Bien qu’impartial dans sa forme, « Der Freie Wille » est loin de l’être dans son fond même. Les paysages, morose et immuables, semblent aller dans le sens de la tragédie vécue par Théo. On pourrait penser que le réalisateur a voulu fondre le personnage dans une ambiance glauque afin de l’y confondre et d’en faire un cas particulier parmi d’autre sans réflexion profonde et sans parti pris. De même, toujours par rapport à la forme, on serait tenter d’évoquer la violence gratuite, souvent énoncer par les critiques. La première scène de viol, âpre et malsaine, peut paraître vide de sens et exagérée, mais présente un réalisme extraordinaire dans l’ambiance qu’elle véhicule. Les autres scènes de violence, pas si nombreuses que ça au final, vont également dans ce sens là et font énormément penser à l’atmosphère que l’on rencontre dans les films de Gaspard Noé. Au niveau de la forme donc, de l’apparence extérieure et donc du regard d’autrui, Théo est un être violent qui ne mérite pas sa place dans la société.
Mais le point fort du film de Glasner, c’est ce côté intimiste qui s’installe dès les premières minutes. Caméra au corps, le réalisateur tente de pénétrer au plus profond des personnages afin d’essayer de comprendre un problème qui apparaît sans solution. Plus on rentre dans le personnage de Théo, plus le sentiment de compassion nous envahit mais aussi plus on sombre dans l’incompréhension la plus totale. C’est là le point fort de ce film : arriver à pouvoir détacher le personnage de ses pulsions aux yeux du spectateur, en confronter les conséquences auprès de l’environnement extérieur et entamer une réflexion sans fin sur la place des marginaux mentaux dans la société.
Ce côté intimiste est également présent dans les émotions des personnages qui sont volontairement amplifiées afin de refléter une souffrance extrême et profonde. Que ce soit des gémissements, des pleurs ou mêmes des respirations, elles apparaissent aussi douloureuses que les cris des victimes de Théo et viennent atténuer la limite initialement bien tranchée entre le bourreau et ses victimes.

Au final, un film très réussi dans sa construction, scénaristique comme technique, mais aussi dans l’atmosphère qui plonge le spectateur dans un univers de réflexion, de douceur et de bestialité à la fois. Y a-t-il une morale ? Là n’est pas le but du réalisateur, ni de la réflexion auquel on est soumis. Les prestations des deux personnages principaux (ressemblant étrangement à Klaus Kinski et Charlotte Gainsbourg) sont vraiment excellentes et sans concession. Un film qu’il faut avoir vu avant de mourir…

mercredi 24 décembre 2008

L'inspiration de ceux qui n'en n'ont pas


Tout d’abord il y a le nez, qui ne sait plus son nom et qui roupille triste comme un melon. Puis vient le jour où il sort de chez lui et côtoie ses semblables. Il y trouve des idoles, proches ou inatteignables, celles à qui on a envie de plaire pour avoir leur compassion, leur reconnaissance ou leur style.

On fonde notre inspiration sur les idées de nos idoles, on ne pense plus par soi-même et les mots viennent tous seuls (sang fote d'or taux graphe). Dans notre tête on se demande : Qu’est-ce qui pourrait leur plaire ? On garde son propre style mais on prend leurs idées. Qu’importe si l'on est l’opposé de ce que l’on écrit, on pense avoir la classe et on se maintient dans ce que l’on croit être sa propre personnalité.

Dans ces textes, l’alcool et le semblant d'originalité sont omniprésents, parce que ça fait cool et que ça parait être marginal. Pourtant, notre mode de vie est loin d’être semblable à nos récits. Derrière des pseudos, des cuites d’un soir et des situations qui paraissent extrêmes par rapport à la populace, on est rien et finalement autant normal que monsieur tout le monde au quotidien.

Seulement il y a la forme, l’apparence et ce dégoût vide de sens qui nous donne l’impression d’être unique et peut-être au-dessus des autres. En dehors de ça, on passe nos journées à lire et à mater des films pour les autres plus que pour soi-même. On ressent ce qu’on aimerait que les autres voient ressentir en nous afin de s’élever. Mais dans quel but ?

Bref, à part quelques génies qui transcendent les siècles, on est tous des moins que rien et l’essentiel réside donc dans la forme et non pas dans l’illusion d’avoir une quelconque liberté de penser. Le point important est de faire le bonheur autour de soi, en choisissant son camp, principalement dans le type d’individu auquel on aimerait ressembler, malgré soi, avec quelques excès par moments. Quoiqu’il en soit, talentueux ou pas, nous ne resterons que des sous-génies qui crèveront avec fierté car nous aurons réussi à nous aveugler sur cette normalité qui fait de nous des êtres jetables.

N.B : Certains craquent avant de crever et deviennent finalement pire que ceux qui sont rester dans le rang tout au long de leur vie.

samedi 20 décembre 2008

Ma relation avec V.R


Depuis que je te côtoie tous les jours j’ai appris à te connaître. Tu es la seule personne pour laquelle j’éprouve une passion réelle. Au réveil, je te hais d’être parti pendant mon sommeil et de m’avoir laissé seul avec mes angoisses. C’était pourtant bien hier, nos corps ne faisaient qu’un et je ne me lassais pas d’admirer ta robe transparente. Avec toi, je prends confiance, je redeviens le gamin que je n’ai jamais été, dans mes discours comme dans mes actes. Je vis dans le futur, cherchant sans cesse ce qui pourrait égayer les moments à venir et en arrive même à oublier mon prénom.

La personne la plus possessive au monde n’hésiterait pas à te partager car ta polygamie est certainement ton meilleur atout. Ton amour crée de l’amitié à ne plus que savoir en faire et nous libère de toute convention sociale. L’action précède la pensée, la destruction devient un acte civique et l’être prend le dessus sur le paraître. Tu fais le bonheur des timides qui sont tes amants réguliers et fidèles même si dans les premières heures ils ne te parlent pas beaucoup.

Les lendemain sans toi sont de plus en plus dur, ils m’apportent une lucidité que je préfèrerais ignorer. En plus des idées noires, c’est tout mon intérieur qui prend cette couleur. Les trop nombreuses cigarettes dont je raffole en ta présence, viennent noircir un peu plus mon portrait chaque jour. Déjà avant d’aller me coucher je sentais que tu allais me trahir en voyant la couleur jaune que tu arborais mais je n’ai jamais réussi à te retenir. Il arrive même que tu t’en ailles dans la soirée, brusquement sans prévenir, et mon visage laisse entrevoir un dégoût profond dans le reflet de l’eau de la cuvette qui voit décidemment plus ma tête que mon cul…

Bref, le temps d’écrire ces quelques lignes il me tarde déjà de te retrouver. J’espère éviter le tête-à-tête et pouvoir te présenter à mes potes. Ce n’est pas que je déteste ta cinéphilie, au contraire même, mais c’est que je n’ai pas envie de me retrouver encore plus seul au petit matin. A très bientôt V.R !!

vendredi 19 décembre 2008

Midi, entre deux nuits...


Midi, l’heure réservée aux élites qui ont réussi à pousser leur nuit jusque-là. Ceux qui ont pu relever ce défi vous conteront combien il est inhumain de se balader parmi cette foule grouillante et insipide. On y croise des étudiants assis sur les devantures de magasins en train de déguster un repas gastronomique, des clochards que l’on a aperçu quelques heures auparavant et qui paraissent bien plus ravagés au grand jour, des artistes de rue qui se lancent dans un morceau endiablé entre deux voitures de flic, des citoyens lambda déterminés et indifférents à ce qui les entourent,…

Après avoir quitté ma jungle sans y avoir trouvé Jane, le retour à la civilisation s’avéra très difficile. De plus en plus craintif, je cherchais désespérément un havre de paix qui me redonnerait le courage de regagner mon humble demeure. Face à moi, un gamin de cinq ans semblait prendre la même trajectoire que moi mais en sens inverse. Vu mon état physique et mental, je voulais à tout prix éviter cet affrontement. Dans ma tête le film devint atroce : je me voyais en train de me faire casser la gueule par ce petit être frêle et vigoureux entouré par une foule en liesse me huant jusqu’à provoquer en moi une humiliation dépassant toutes les limites atteintes jusque là.
Je bifurquais vers une petite ruelle et me trouvais nez à nez avec un jeune français issu de l’immigration maghrébine, casquette blanche et sifflet entre les dents. Tss !! tss !! me fit-il avec un filet de bave qui coula sur ses chaussettes remontées jusqu’aux genoux. Vas-y tu cherches pas à fumer cousin ? C’était le même gars à qui j’avais prêté ma guitare lorsque la nuit avait encore sa petite influence. J’étais redevenu un pigeon à ses yeux, un petit blanc, malgré mes ongles noirs, mes yeux rouges et mes doigts jaunes. N’arrivant pas à prononcer le moindre mot depuis plusieurs heures, je refusais de la tête, comme on a l’habitude de le faire lorsqu’on nous propose du travail ou qu’une personne handicapée nous demande de l’aide.
Je retombais à nouveau dans une grande rue grouillante de bipèdes et je cru devenir fou. Une jolie jeune fille à la peau verte vint m’interpeller. La malheureuse voulait me faire adhérer à green-pisse afin de protéger les gentils animaux qui meurent à cause des méchants animaux qui les tuent. J’aurais certainement écouté son discours si je l’avais rencontré la nuit dernière et je me dis que ces gens-là devraient racoler la nuit pour avoir plus de succès. Puis ce fut le tour des sondages : Bonjour Monsieur, quelle marque de yaourt préférez-vous ? Plutôt aux fruits ou sucré ? Auriez-vous deux minutes pour une étude comparative sur des crèmes solaires ? Ces gens-là étaient tellement désespérés qu’ils venaient s’adresser à un pauvre type comme moi. Mais je réalisais aussi que j’étais le seul à prendre mon temps, les autres allaient bien trop vite pour être contraint à faire une halte.
Je commençais réellement à fondre sous ce soleil éreintant et la lumière de plus en plus vive contrastait avec mes idées noires. Mon état de fatigue extrême était tel que les gens qui me regardaient se ramollissaient à vue d’œil et l’on pouvait lire une certaine pitié dans leur regard.
Je décidais alors de rentrer chez moi au plus vite et me fondit dans la foule en adoptant son train de vie l’espace d’un instant. En 33 secondes et cinq centièmes, je regagnais ma piaule et me dis que l’oisiveté en pleine journée était un boulot très difficile.

jeudi 18 décembre 2008

Cria Cuervos, Carlos Saura (1976)


Avec « Sonates d’Automne », le film de Carlos Saura est certainement le meilleur drame familial réalisé à ce jour. Il est regrettable que le cinéma espagnol se soit orienté vers ce style « fantastico-horrifique » avec des scenarii quasiment identiques d’année en année, car la voie ouverte par Saura ne méritait pas mieux que d’être entretenue voire améliorée.


L’histoire en elle-même est assez simple : Ana a perdu sa mère alors qu’elle n’était qu’une fillette. Elle accuse son père de l’avoir fait souffrir et celui-ci meurt quelques temps après. La tutelle revient à la tante Paulina qui, bien que aimante, se montre très autoritaire. Ana ne supporte pas cet abus de pouvoir alors que ses sœurs semblent lui obéir et accepter la nouvelle situation. Ana va donc se créer son propre monde hanté par ses souvenirs et ses rêves afin d’échapper à la réalité.


Dès les premières images, on entre dans une atmosphère froide et oppressante. Les images fades et l’absence de bande-son (hormis la chanson « Porque Te Vas ») viennent apporter un réalisme dérangeant et malsain. Les mouvements de caméras sont rares et les nombreux plans fixes sur les personnages font ressortir ce qu’il y a de plus intime en eux. Le spectateur perçoit ainsi la moindre expression et devient de plus en plus vulnérable au fil du temps pour finalement se prendre une claque monumentale à la fin du film.


« Cria Cuervos » sonne un peu comme une fable tragique sur l’Enfance. Le Temps perd toute sa logique pour venir accoler des évènements, qui les uns à côté des autres, donnent un sens plus concret à l’existence. La thèse du film, si l’on peut oser prononcer ce terme, serait l’impact des vices du monde adulte sur la naïveté de l’Enfance. Ana, qui a vu ses deux parents partir, associe la mort à une vengeance mais aussi à une punition. La souffrance de sa mère engendrée par un mari infidèle et absent, a radicalisé la pensée d’Ana. La mort, en plus d’être une échappatoire, est devenue une formalité sans grande importance et c’est là le fil conducteur du film. A chaque fois qu’Ana revient à la réalité, c’est pour vouloir la mort de quelqu’un, que ce soit dans son intérêt ou dans celui d’autrui.


Mais en parallèle de cette cruauté involontaire, les souvenirs et les rêves passés en compagnie de sa mère sont d’une extrême douceur et dépeignent un paradis perdu plein de nostalgie. Ces passages oniriques ne sont pas complètement déconnectés de la réalité, l’esprit d’Ana les mêle à sa situation présente. La fillette imagine ce que serait son quotidien en présence de sa mère et au bout du compte accepte bien mieux son existence. Saura explore ici toute la psychologie humaine face aux drames qui nous pourrissent l’existence. Certes il montre comment un psychopathe peut faire surface mais il met en avant l’importance de l’imagination qui permet d’immortaliser ce qui nous donne l’espoir de vivre.


Au final, un chef-d’œuvre, peut-être le meilleur film de tous les temps, mélangeant plusieurs styles (fantastique, drame psychologique), qui du fait de sa simplicité nous permet de mener une réflexion constructive tout en rentrant entièrement dedans. Indispensable.

vendredi 5 décembre 2008

Le Sacrifice, Tarkovski (1986)


A la fois journaliste, critique et auteur dramatique, Alexandre est présenté comme un érudit. Cultivé et intelligent, il arrive à un stade de sa vie où le questionnement intérieur prend le dessus sur l’enchaînement des situations quotidiennes. Le jour de son anniversaire, une troisième guerre mondiale nucléaire est annoncée. Les prévisions apocalyptiques à venir vont accentuer la crise interne dans laquelle il s’est plongé et ce dernier décide de se sacrifier, en reniant tout bien matériel, afin de sauver l’humanité. Simple rêve ou réalité loufoque ? Alexandra réussit à ramener la paix mais pas à évincer le matérialisme qui reprend de plus belle.

Ultime film d’Andrei Tarkovski, « Le Sacrifice » dévoile la souffrance profonde vécue par le réalisateur à l’approche de sa mort. Or cette souffrance, certes personnelle, n’est pas propre à sa personne mais plutôt à l’Humanité qui prend une tournure matérialiste arrivant à en oublier la notion d’individu. Prétextant une troisième guerre mondiale, il place l’Homme face à une question existentielle et non plus matérielle. Il est plus important de sauver sa peau que son écran plat et donc on s’interroge tant sur l’avenir de l’Humanité que sur le devenir de notre propre personne.

Le principal fléau selon Tarkovski serait la parole. La citation « Au commencement était le Verbe » clôturant le film dénonce les vices cachés de la rhétorique. La parole, initialement prévue pour communiquer, a troqué son habit de sincérité contre un treillis et des rangers. D’un simple échange humain elle est devenue un flux d’informations pré-mâchées visant à acquérir une contrepartie et non plus un retour de même nature. Dans le film, Alexandre ne peut plus assumer son rôle de comédien car il n’arrive plus à trouver la sincérité pour endosser le rôle de ses personnages. Cette matérialisation de la parole a institué une hiérarchie peu révélatrice de l’état spirituel d’une société et a même pondéré son importance selon le niveau social auquel on se trouve.

Le matériel, et le confort qu’il apporte, est la deuxième plaie de l’Humanité selon le cinéaste. « Puisqu’il n’est pas nécessaire, il s’agit d’un péché ». Le progrès scientifique est toujours employé de manière erronée pour finalement devenir le bras droit de l’injustice. "Le microscope est utilisé comme une massue". Pour Tarkovski, il faudrait mettre en avant l’irrationnel en multipliant les actes inutiles afin d’accepter sa fragilité face à la mort et au temps, mais aussi de placer l’Homme au-dessus de sa tâche dans un but thérapeutique.

Comme dans tout film prophétique réussi, les références religieuses sont nombreuses. La longue Pénitence d’Alexandre, sa purification, sa perte de rationalité par le don de sa personne, le tableau de l’adoration des mages de Léonard de Vinci,… en constituent quelques exemples parmi les nombreux autres. Mais Tarkovski, sachant qu’il réalisait là son dernier film, a mis l’accent sur son aspect esthétique. Le jeu de lumière, tout en dégradé, offre des séquences pittoresques semblables à des peintures mouvantes. Les couleurs, délavées juste comme il le faut, ne sont jamais scintillantes et paraissent mélangées les unes aux autres. Elles reflètent l’abstraction qu’exerce l’environnement extérieur sur l’Homme. Enfin l'alternance de la couleur et du noir et blanc illustre une continuité entre une chair périssable et une âme éternelle.

Au final, le film testamentaire de Tarkovski est d’une pureté esthétique telle qu’on la regrette lorsqu’on en sort. Mais cette pureté, loin d’être naïve, vient amplifier le message alarmiste sur le devenir spirituel de l’Humanité qui s’aveugle, se ment et se noie peu à peu dans le matérialisme. Un chef-d’œuvre.

Une obligation pour ceux qui en auraient envie : L’ultime entretien de Tarkovski où il nous dévoile avec une intelligente simplicité sa vision du monde.

http://www.nouvellescles.com/article.php3?id_article=666

mercredi 3 décembre 2008

L'Eternité et un jour, Angelopoulos

Un paysage plongé dans la grisaille, un portrait morose et délavé d’une Grèce sur le déclin et une musique triste à mourir, pas de doute on regarde bien un film d’Angelopoulos. Peut-être plus grand public que ses films précédents, « L’Eternité et un jour » continue de suivre ces personnages insolites perdus dans le tourbillon de la vie. Alexandre, écrivain célèbre, est atteint d’un cancer, il doit rentrer à l’hôpital pour mourir. On suit alors sa dernière journée où il rencontre un petit clandestin albanais et se remémore son passé.
L’espace et le temps ne font plus qu’un, l’infini côtoie l’éternel et tout s’arrête pendant près de deux heures. Alexandre voit la vie mais aussi sa vie dans les yeux du petit clandestin et la misère n’est ici qu’un simple facteur de rapprochement entre les deux êtres. Il revoit sa femme partie trop tôt comme ses enfants qui grandissent et se marient, sa distance qui a fait de lui un père absent mais aussi sa villa de bord de plage qui va être détruite, les temps se mélangent mais gardent une certaine cohésion pour finalement aboutir à une véritable thérapie. Alexandre visualise ses erreurs et sent naître en lui un espoir : l’Eternité. Tout peut se rattraper, rien n’est définitif,que ce soit dans les faits ou dans la tête, il suffit seulement de le vouloir et de prendre le temps, même lorsque la fin est proche. « Il faut trouver de nouveaux mots » propres à son existence et reconstruire avec un langage neuf tout ce que l’on a jadis connu et qui n’est plus.
Mais en dépit de cette volonté d’écarter le temps, Angelopoulos se place en cinéaste engagé en faisant émerger en nous une certaine compassion envers les clandestins. Il évoque un fléau qui est plus que d’actualité, de notre temps. Il nous offre d’ailleurs une scène d’anthologie à ce propos en filmant des clandestins disposés comme des notes de musique sur des barbelés à la frontière entre l’Albanie et la Grèce. L’atmosphère qu’il réussit à y installer est des plus froides et fait amèrement penser à la période nazie.
Les jeux de regards sont également très évocateurs. Alexandre, père de famille qui s’éteint dans un monde qui ne lui plait guère arbore une position voûtée et déclinante, pleine de dégoût et de nostalgie. Le petit clandestin, lui, a toujours les yeux portés vers les personnes qui l’entourent, il observe attentivement les événements qui se déroulent autour de lui, il se construit sur les ruines qu’observe Alexandre. Putain ya la scène du bus aussi qui est géniale !!!!!!!
Enfin, l’une des principales forces de ce film c’est aussi ce contraste entre le décor et l’histoire qui vient s’y greffée. Cette dernière est pleine de blessures mais fait sans cesse appel à des rapports humains, qu’ils soient passés où actuels. Les événements s'emboitent les uns dans les autres pour donner lieu à de nombreux rebondissements. En revanche, le paysage que Angelopoulos nous montre semble immuable comme si il était voué à péricliter lentement sans jamais pouvoir se relever un jour.

Un bon jour pour mourir, Jim Harrison

Que reste-il lorsque la morale, l’envie de réussir et le sentiment d’appartenir à un peuple disparaissent ? Quelle est cette alchimie abstraite qui nous incite à entreprendre des projets jusque là inconnus ? Absence de personnalité rime-t-il toujours avec manque de lucidité ? Autant de zones d’ombres que ce petit chef-d’œuvre tente d’éclaircir.
« Un bon jour pour mourir » est tout d’abord un voyage. La finalité de ce périple est de faire sauter un barrage, symbole d’une civilisation qui cherche à dominer la Nature plus qu’à la contrôler. Parmi les acteurs de cette expédition, on retrouve Tim, un ancien du Vietnam, Sylvia, une beauté désespérément amoureuse de Tim et le narrateur (peut-être Harrison lui-même ?) fortement émoustillé par Sylvia. On comprend très vite que ce jeu de l’Amour à sens unique ne peut se solder que par un échec. Et pourtant, ces sentiments sont la base même de ce roman car ils en assurent la continuité et le réalisme. On comprend tout comme on accepte des situations loufoques lorsque l’amour s’empare des personnages. Car ce schéma, on peut l’appliquer à notre propre personne et le narrateur déshabille littéralement le lecteur au fur et à mesure que le récit avance. Il explore cette alchimie qui nous guide tout au long de notre existence nous faisant devenir ce que l’on n’est pas forcément. La notion d’influence prend ici une valeur contrastée car elle est le fruit d’une transformation personnelle teintée de lucidité. Le narrateur s’engage dans cette expédition sans réelle conviction mais aux yeux de ses acolytes il paraît motivé et déterminé. Seulement, dans son for intérieur il a conscience qu’il prend la mauvaise voie. L’amour pour Sylvia et la forte personnalité de Tim ont pris le dessus temporairement.
Pour ce qui est du style, il nous transforme en une véritable balle rebondissante. On explore l’Amérique vue du ciel, puis on s’immisce dans la vie privée des trois personnages, on remonte ensuite dans le passé de chacun,… le tout mélangeant phrases argotiques et passages poétiques sans aucun temps mort.
Enfin, Harrison a su crée un récit hybride, passant des bordels à une partie de pêche à la truite, de magnifiques paysages à un motel glauque ou encore de cuites au whisky à une préparation culinaire.
Au final, on se pose peut-être plus de questions à la fin de ce livre qu’avant de l’ouvrir mais le magnifique voyage qu’Harrison nous propose à travers l’Amérique mais aussi à travers l’Etre Humain vient comblé ce vide.

lundi 1 décembre 2008

...,Partie 5 et fin

De retour chez lui, Job élucida un mystère. Les excréments qu’il côtoyait tous les matins n’étaient autre que ceux de son chien qu’il ne faisait jamais sortir. Puis il sortit la bouteille de vin métaphysique qu’il gardait depuis des années et décida de l’entamer pour stimuler un peu son cerveau. Après deux verres, il ressortit cette vieille photographie mais trouva son regard d’enfant changé. Loin d’être naïf, le sourire du petit Job était devenu serein, comme s’il prédisait une vie oisive à venir. Peut-être est-ce sa laideur qui le confortait dans cette pensée-là ? Une personne ignoble ne peut que vivre de manière oisive puisqu’elle est incapable de supporter les remarques des autres. Puis il se braqua et se dit qu’il n’avait en aucun cas choisi sa vie, il en avait été évincé par les gens normaux. Toute la logique du psychopathe commençait à prendre forme dans sa tête et le quatrième verre de vin méta lui fût fatal. Il descendit chez sa voisine diabétique du dessous et lui vola une énorme seringue qu’il remplit de vin. Il déboula dans la rue et se mit à piquer tous les gens normaux qu’il rencontrait. Au bout d’une demi heure, la moitié de la ville était bourrée et plongeait dans la débauche la plus abjecte. Job s’injecta le reste de vin que contenait encore la seringue et grimpa sur le clocher de la plus grande cathédrale de la ville. Le spectacle était tout de même beau à voir de là-haut. Les visages décomposés des gens normaux étaient semblables à ceux d’enfants qui se découvrent une passion. Ils commencèrent à casser des vitres, à arracher des panneaux et à se gerber dessus. Job profita encore un instant de cette mise en scène éblouissante mais ne tarda pas à rentrer chez lui car il commençait à apercevoir des morceaux de bois remplacer la tête de ces alcooliques involontaires, ce qui prédisait un retour vers la normalité.
Job trouva son appartement bien petit lorsqu’il fût à l’intérieur. Il dût ramper pour arriver jusqu’à son matelas et bientôt ne pût plus du tout en bouger. Le plafond se transforma en miroir et Job put observer son visage d’une maigreur inhumaine. Il réalisa qu’à force de boire il mourait de faim.
Dans sa tête, Job s’éteignait sans laisser de traces. Pourtant, ce jour-là devint « la fête du vin métaphysique » et chaque année des alcooliques du monde entier se rassemblaient, transformant la ville en un grand terrain de jeu et de débauche, l’espace d’un soir.

..., Partie 4

Le soleil avait refait son apparition et Job découvrit là une sensation nouvelle : l’ivresse de jour. Il ressentait une terrible envie de s’amuser mais fût très vite aigri par ce qu’il aperçut autour de lui. De petits groupes d’humains tournaient en rond, un code-barres plaqué sur le front, et paraissaient aller de plus en plus vite. Au fur et à mesure qu’ils effectuaient leurs cercles, leur apparence changeait. Ceux qui couraient le plus vite étaient de mieux en mieux habillés et arboraient un sourire satisfait, alors que les derniers prenaient une balle dans la tête. Job, finalement indifférent à ce spectacle, se dirigea vers une ruelle peu fréquentée. La pancarte indiquant le nom de la rue était cachée par un amas de poussière et notre acolyte, au moyen d’un lampadaire arraché à proximité, fit apparaître un nom curieux : L’alcool de la vie.
Semblable à une galerie de musée, la ruelle présentait différents personnages atypiques. Le premier était un oiseau sans pattes qui restait dans les airs tout en sachant que le jour où il se poserait ce serait la fin. Job discuta un moment avec lui et en le quittant il eut l’impression d’avoir fait le tour du monde. La seconde rencontre fut des plus étranges. Un homme sans tête, entouré de livres était assis sur le bord du trottoir. Les livres parlaient à sa place et laissaient apparaître un profond désespoir : « ma vie est un échec, je suis un bon à rien. Lorsque j’ai découvert le pouvoir des mots, la lecture est devenue une obsession, je pensais trouver là une force et n’y ai trouvé qu’une perte de personnalité. Les livres m’ont absorbé, je n’ai plus d’âme ni d’opinions. Ma vie est celle des autres. » Job versa une larme et continua son chemin. Avant de sortir de la rue, il se heurta à une lanterne qui ne s’allumait qu’en journée. Il lui fallu un moment avant d’apercevoir la lumière que générait celle-ci. Le brouillard qui entourait sa tête n’était pas là pour arranger les choses. Le pied de la lanterne était d’une saleté effrayante, on sentait que Job n’était pas le premier à avoir heurté ce lampadaire. Mais plus il levait les yeux plus cette crasse disparaissait pour finalement capter en son sommet une lumière d’une pureté dérangeante. Job sorti de cette ruelle avec l’impression d’avoir reçu une leçon qu’il assimilerait plus tard.
Il alla s’asseoir sur les marches d’une église et contempla un accordéoniste qui chantait seul avec son accordéon…

mardi 25 novembre 2008

Job, zonard d'intérieur Partie 3

Il décida donc de sortir au grand jour, ce qui ne lui arrivait que très rarement. Sur la route qui faisait face à son immeuble, d’ordinaire très fréquentée, il découvrit un spectacle loufoque. Une immense table ronde était posée à cheval sur les deux voies et autour de celle-ci se trouvait une multitude de personnes en train de boire à l’aide d’un système ingénieux qui leur évitait tout effort inutile. Plus Job s’approchait de la cène, plus il entendait des discours à sens unique. Personne ne s’écoutait, chacun était parti dans son trip, ne se parlant qu'à soi-même et se taisant uniquement pour boire le vin contenu dans un tonneau au centre de la table au moyen d’un tuyau d’arrosage. Les acolytes parlaient de Culture, une kalachnikov à la main, et prenaient par moment un ton menaçant qui effrayait la plupart des curieux. Job, malgré quelques appréhensions, se joignit à eux et bizarrement, son unique présence appela les congénères à retrouver leur calme.
Avant de prononcer la moindre parole, Job aspira dans le tuyau mis à sa disposition et reconnut là un vin semi-métaphysique qui lui ferait volontiers son repas de midi. Puis il s’aperçut très vite qu’il avait affaire à des notables qui discutaient là l’ordre du monde pour les autres, mais resta quand même car ce vin l’enrichissait de gorgée en gorgée. Les discours étaient devenus très ordonnés et un chien venu de nulle part distribuait la parole à chacun. Job, qui n’avait que ça à faire, écouta ces êtres étranges prononcer leurs vœux. Le premier exposa son point de vue : « Quelle est le rôle de la Culture sinon le contrôle des masses ignorantes ? Occuper le temps libre de ces gens est une nécessité mais le contrôler n’en reste pas moins une obligation ! Nous avons fait taire les élites bien pensantes en noyant l’individu lambda dans une mer d’informations. Tout est accessible aujourd’hui, n’importe qui est en mesure d’accéder aussi bien à des contenus intellectuels qu’aux contenus que l’on préconise. Nos opposants s’époumonent afin d’orienter les masses vers ce qu’ils pensent être un bienfait mais ne comprennent pas qu’ils ont perdu le combat depuis longtemps. L’Etre Humain est désormais corrompu dès sa naissance, seuls quelques électrons libres subsistent mais se sentent rejetés tant les individus qui les entourent semblent différents. Nous avons gagné ! Trinquons à notre victoire !! »
Tout le monde applaudissait sauf un petit individu frêle et discret qui paraissait en pleine réfléxion. Il se leva, pissa sur la table, et entama son discours : « Tout d’abord, sachez que je vous emmerde, je tenais à préciser cela avant de commencer. Je vous trouve particulièrement optimiste sur votre victoire, car il me semble que vous ne connaissez pas votre peuple. Vous pensez le maîtriser car il vient déposer un morceau de papier, dont il ignore l’identité profonde, dans une urne. Tout le monde possède sa propre culture mais celle-ci vous échappe. Vous croyez asservir une population mais ce n’est qu’une image. Certes vous tenez les rênes, vous ETES AU POUVOIR, mais ce n’est pas une victoire. Je milite pour que cette culture émerge en parallèle de la votre et j’y parviendrai. Quand je serai au pouvoir vous verrez comme les choses changeront, les gens seront heureux !! » Le petit homme frêle s’applaudit tout seul et seul le chien paraissait enthousiaste en remuant la queue.
Les regards se portèrent sur Job qui sentait son tour venir. Déjà un peu saoul, il se lança alors dans son rôle de tribun: « Tout d’abord buvez !!! Je veux voir le fond de ce tonneau !! Il faut que vous vous détachiez de vos vies, que vous redeveniez ces êtres humains que vous avez peut-être été un jour ! » Le tonneau gargouilla très vite et le fond laissa apparaître une phrase « made in China ». L’Euphorie et les blagues vaseuses prirent le dessus sur les discours ringards entendus auparavant. Bien qu’il fût à peine midi, la nuit tomba et la vraie faune fit son apparition. La route se transforma en un tapis roulant et la ville commença à défiler devant eux. Loin détenir la vérité, Job se lança dans un simple commentaire : « Que voyez-vous défiler devant vous ? Connaissez-vous ces gens, avez-vous eu déjà affaire à eux ? Regardez ce groupe de jeunes qui chante des artistes sur lesquels vous n’avez aucune emprise, croyez-vous qu’ils s’intéressent à vos balivernes ? Ces jeunes qui font un concours de 8.6 en ont-ils quelque chose à faire de votre culture ? Voyez-vous ce couple en train de faire sa petite affaire devant l’entrée de la cathédrale ? Les véritables valeurs humaines se trouvent ici et nulle part ailleurs. La culture ne pourra jamais être imposée, quelque soit sa nature. Elle démarre d’une rencontre ou d’une passion et cela vous ne parviendrez jamais à l’empêcher. Quand vous serez vieux et que vous vous retournerez sur votre parcours, vous n’y verrez que des situations, des jolis voyages et une femme qui vous aura fait porter de nombreuses paires de cornes. L’Ambition vous aura fait passer à côté de la vie. Je ne dis pas ça pour vous, mais pour vos enfants. Faites les dégénérer avant qu’ils ne suivent votre exemple !! Sur ce, la visite est terminée, je ne suis pas assez saoul pour supporter votre présence plus longtemps. » Lorsque Job les regarda une dernière fois avant de partir, les notables dormaient tous la tête sur la table, une flaque de gerbe les berçaient doucement…

lundi 24 novembre 2008

Job, zonard d'intérieur Partie 2

C'est ainsi que Job devint peu à peu sociable. D'un simple dialogue quotidien avec l'épicier du coin visant à acquérir de la matière socialisante au moyen de billets donnés allègrement par l'Etat, il en était arrivé à discuter avec tous les marginaux qu'il venait à rencontrer au fil de ses échappées nocturnes. Son esprit très vif lui permettait de distinguer les personnes intéressantes des étudiants qui se prenaient une cuite par semaine tout en se la jouant alcoolique. Par moment, quand les substances ingérées le transformaient en quelqu'un d'autre, il aimait discuter avec ces derniers dans le but de les choquer. Son éducation perverse était devenue une arme, voire une utilité dans certains cas. Combien d'alcoloétudiants avaient fini par gerber devant lui à force d'écouter ses propos extrêmes et à chaque fois un petit sourire sadique et satisfait se dessinait sur son visage.
En revanche, il aimait se dévoiler et parler de ses angoisses profondes lorsqu’il rencontrait des personnages haut en couleurs. Parmi eux, on trouvait de nombreux SDF bien sûr mais aussi des jeunes vieux qui n’avaient pu ou voulu se sortir de convictions trop extrêmes. Un soir, Job avait partagé sa bouteille avec un vieux zonard d’une trentaine d’année. Ce dernier avait tatoué les évènements marquants de sa vie sur l’ensemble de son corps. Bien que difficile d’accès dans un premier temps, la bouteille de vin rouge l’incita peu à peu à se dévoiler. Entre les prénoms de ses chiens, de ses aventures d’un soir et de ses potes partis trop tôt, on distinguait des paysages moroses sur ses avant-bras. Il disait s’être fait ça avec la seringue de la veille lorsque la descente devenait trop dure à gérer. Comme s’il fallait imprimer sur sa peau ce que l’on aimerait oublier. Job l’écoutait attentivement même s’il ne parvenait pas à comprendre tous les propos de cet être marginal.
L’univers de la drogue n’avait jamais attiré notre RMIste assidu. En effet il se complaisait dans l’alcool et le tabac car il y trouvait toute la folie nécessaire à sa survie. C’est d’ailleurs grâce au vin rouge qu’il rencontrât un soir la « femme » (c’est comme ça qu’il la nomma tout au long de sa relation avec elle) qui devait partager un bout de vie avec lui avant qu’il ne la remplace par l’amour d’un chien, bien plus fidèle et durable. Mais ce que Job préférait par-dessus tout c’était les gueules de bois. Elles lui apportaient une grande lucidité et l’amenaient à réfléchir sur lui-même tout en le confortant dans son alcoolisme. Il réalisait combien embrasser une carrière était ridicule et vide de sens. A quoi bon progresser puisque l’on chute à la fin ? L’essentiel pour lui résidait dans l’enrichissement de sa propre personne, par l’Art en particulier, même si cela faisait naître en lui une crise existentielle de plus en plus tenace. Il vivait en quelque sorte une existence intemporelle et quand on lui disait qu’il profitait du système, il répondait « faites comme moi, vous ne tiendrez pas un mois avant de rejoindre le rang ».
Pourtant Job n’était pas heureux, alors que tous les cons qui l’entouraient paraissaient l’être. Un Homme heureux serait-il un homme qui travaille et ne se pose pas de questions ? C’est du moins ce qu’il pensait car le travail permet de rythmer sa vie sur des choses concrètes et donc non immuables. L’espoir de réussir sa vie enlève toute réflexion sur l’existence même, ce à quoi l’oisif ne peut s’empêcher de penser constamment. Au bout du compte, il ne resterait que deux issues, travailler en restant con ou finir dépressif en réfléchissant au vide de la vie. Job était donc voué à virer dépressif, il fallait donc qu’il se trouve quelque chose à faire mais qui ne ressemblerait en aucun cas à du travail…

Job, zonard d'intérieur Partie 1


Il devait certainement être très tard lorsque Job s'éveilla. Sa tête lui faisait affreusement mal et une envie de gerber remontait du plus profond de ses entrailles. Il se demandait ce qu'il pouvait encore rester dans son ventre lorsqu'il découvrit les multiples tas d'excréments qui peuplaient son appartement. Pourtant il ne mangeait quasiment rien, il se nourrissait essentiellement de bière et de vin rouge et chaque réveil était pour lui un mystère. D'où sortaient tous ces aliments digérés qui venaient couvrir le sol dont il avait depuis longtemps oublier la couleur?
Dans cette déchetterie, la seule chose qu'il tentait de préserver était cette vieille photographie où on le voyait encore jeune entouré de sa famille. On pouvait y aperçevoir un sourire qui en disait long sur sa naïveté de l'époque. En réalité, il n'accordait aucune valeur à ce portrait mais il cherchait en vain depuis des années à comprendre pourquoi sa vie avait évoluée de cette manière là. Certes, il avait un visage relativement hideux qui l'amener à penser qu'il n'y avait pas que de l'humain en lui. Dans son enfance, ses "amis" le surnommaient "Le Chat" tant son faciès prenait les formes de cet animal inutile: oreilles en pointe, petites moustaches précoces en éventail et surtout de petits "MIAOU!" qu'il lançait pendant son sommeil d'après les dires de sa mère. Ce physique qui ne l'avantageait pas l'avait très vite écarté de toute vie sociale. Les quolibets des jeunes de son âge, les remarques désobligeantes des adultes et les filles qui lui tournaient le dos lui apprirent très vite à vivre seul de manière autonome.
C'est au moment de l'adolescence, âge où tout le monde se cherche, qu'il se trouvât enfin. Il comprit qu'il n'était pas fait pour vivre en société et se créa son univers à lui tout seul. Sa réclusion l'avait mené dans un premier temps à explorer toute forme de perversion à travers les écrits d'auteurs peu fréquentables. Il sentait un bien-être l'envahir au fil des lignes et se réjouissait de ces multiples tortures auxquelles s'adonnait cette Race Humaine devenue méprisable à ses yeux.
Cette orientation dura jusqu'à ses vingt-cinq ans, âge légal où l'on peut vivre de manière autonome (Cela le faisait d'ailleurs rire quand il pensait à son prénom, comme si ses parents lui avaient indiqué ,de manière ironique, la voie de l'oisiveté). En effet,cette période perverse commençait à le lasser, il ressentait le besoin de partager des choses avec ces sortes de bipèdes qu'il observait de temps en temps caché derrière sa fenêtre. Il décida donc de faire quelques virées nocturnes dans la rue pour les y rencontrer mais il ne pouvait sortir à jeun et envisagea tout d'abord de se familiariser avec l'alcool...

jeudi 16 octobre 2008

Charlie-Hebdo est mort! Vive Siné-Hebdo!!

"Charlie-Hebdo" fut jadis un très bon journal. Dans la lignée de "l'Assiette au Beurre", il mêlait allègrement la caricature au texte politique et culturel. Mais depuis quelques temps, le journal et plus particulièrement son directeur en chef Philippe Val, a pris une orientation commerciale qui a nuit à sa qualité. La liberté d'expression en a pris un coup et le dessinateur ( au combien talentueux!) Siné en a fait les frais. Ce dernier a décidé de lancer un journal du même accabit que le fameux "Hara-Kiri". Bien que moins marginal et plus moderne, "Siné-Hebdo" n'en reste pas moins corrosif et sans tabou. Doté d'une équipe plutôt hétéroclite (Michel Onfray, Noël Gaudin, Jackie Berroyer, quelques personnes de Groland, Christophe Alevêque, ...), le journal traite de tous les sujets mais toujours avec cet humour bête et méchant qui nous fait rire des choses les plus pathétiques et malsaines possibles...
Bref Siné-Hebdo, c'est deux euros une fois par semaine. Mais comme disait Choron: "Si vous avez du fric achetez Siné-Hebdo, sinon volez-le!"

La Marseillaise même en Reggae...

Et voilà c'est reparti, la Marseillaise vient d'être sifflée au cours du match amical(?) France-Tunisie. Tous les politiques, Sarkozy en tête, s'invitent sur les plateaux pour crier au scandale. "Il s'agit, voyez-vous, de respecter la République Française [...], on ne va pas baisser le froc devant une poignée de jeunes à casquette blanche. La prochaine fois que cela se reproduit c'est carton rouge pour tout le public même si la majorité n'y est pour rien". Décidemment la France est dirigée par des gens de plus en plus pathétiques et sournois. Que se soit des émeutes en banlieues, des règlements de comptes entre bandes rivales ou des problèmes de racisme, on semble à chaque fois redécouvrir cette frange de la population qui n'est plus intégrée depuis maintenant quelques décennies. La France, qui a connu des périodes très fructueuses dans le domaines des idées et des avancées sociales n'en a pas moins raté totalement son intégration. Le temps mais aussi la flemme m'empêchent de décrire ici cette erreur spécifiquement française. En quelques mots, on pourrait dire que depuis la Deuxième Guerre Mondiale et les conséquences engendrées sur les Colonies françaises, s'est formée une caste marginale refusant toute identification à la Société Française, notez ici la Majuscule signifiant la France comme entité étatique et non pas culturelle. Cette marginalisation, aidée par l'exploitation et la religion, s'est peu à peu transformée en Résistance mais toujours envers une forme de pouvoir. Le paroxysme étant, comme nous le savons tous la Guerre d'Algérie, considérée comme un évènement jusqu'en 1999. Puis vient le plus gros de l'immigration Magréhbine car la France a besoin de main-d'oeuvre pour les grands travaux qu'elle entreprend. Les deuxièmes générations comme "Slimane qui a 15 ans et qui vit chez ses vieux à la Courneuve", se sentent abandonnées car ils ne retrouvent aucune de leurs racines dans la société française. Leur histoire commence avec l'immigration de leurs parents c'est dire si le bagage culturel est pauvre. De plus, l'exemple de Papa qui trime toute la semaine et qui arrive tout juste à nourrir sa famille ne va pas en arrangeant les choses. Quelles opportunités a eu Slimane pour s'intégrer? Pourquoi la France a arborée un visage si blanc pendant toutes ces années de forte immigration?
De génération en génération, on a vu cette marginalisation englober la composante culturelle et ces jeunes se sont refermés sur eux-même. La haine envers l'Etat s'est petit à petit transformée en une haine contre un peuple, les blancs parce que c'est de leur faute mais aussi les Juifs parce qu'ils sont pas sympas en Palestine.
Bref les jeunes qui sifflent la Marseillaise aujourd'hui, sans forcément savoir pourquoi, héritent de cette erreur française qui n'est pas nouvelle. Ce sont des victimes, il faut le répéter, mais pas à la manière de la gauche qui a littéralement menée une politique de forme et non de fond face à cette fracture grandissante. Les socialistes se sont imaginés qu'en proposant des aides sociales ils allaient résoudre le problème et ne se sont pas soucier de la question identitaire: manuels scolaires, métissages médiatiques et politiques, politique répréssive,...
Ce n'est pas par la répression que l'on atténuera ce problème. Le contexte ( traque des sans-papiers, retour du religieux sur le domaine laïc, importance de plus en plus grande de partis foireux comme SOS Racisme ou le MRAP,... ) en donne déjà de nombreux exemples. La répression donne l'impression de maitrîser le problème pour les observateurs extérieurs mais ne fait que l'accroître pour les concernés. La question éducative et culturelle semble être la seule issue mais la volonté n'est pas encore arrivée...

vendredi 26 septembre 2008

L'Age des Possibles, Pascale Ferran (1995)

Avec son côté romantico-intello et ses acteurs ressemblant à Monsieur tout le monde, "l'Age des Possibles" fait penser dans un premier temps à du Eric Rohmer. Mais après quelques moments passées en compagnie de ces personnages au combien réalistes, on se rend compte que c'est juste mille fois mieux. On entre très vite en osmose avec ces personnages qui vivent un peu la même vie que la notre. La plupart ont environ vingt-cinq ans, l'Age d'Or d'après ce que l'on dit. Mais la réalisatrice met en avant la situation instable de ces jeunes adultes. Elle montre que la transition vers le monde adulte n'est pas facile. C'est l'heure des engagements tant sur le plan professionnel que sur le plan amoureux.
Globalement, le film dresse un portrait plutôt noir en montrant le côté éphémère des choses qui se perpétue à l'âge adulte. Il brise cette barrière entre le monde de la jeunesse et celui de la stabilité en montrant que rien ne change mis à part des obligations que l'on se fixe parce que l'on a atteint un certain âge. Mais il décrit aussi très brillamment cette liberté de choix qu'ont les jeunes aujourd'hui contrairement aux générations précédentes et cela du fait des progrès technologiques mais aussi sociaux. Et au final, on ressent une certaine solitude chez ces jeunes, leur relations sont soit superficielles soit éphémères. On expérimente des relations sexuelles loufoques, on réalise des enquêtes dans la rue en attendant de faire le boulot dont on rêve, on se ment à soi-même afin de se plonger dans un rêve artificiel...
En ce qui concerne la forme, Pascale Ferran a reçu de nombreuses contraintes par rapport à ce film. C''est un peu comme le label Dogma que l'on retrouve dans les films de Lars Von Trier ou de Moodysson. Cela aboutit donc à un film très simple et très intime qui nous permet d'observer les personnages dans ce qu'ils ont de plus profond.
Un film qui doit certainement toucher davantage les classes moyennes que les pauvres qui n'ont pas le temps de choisir ou les riches qui n'ont pas à choisir (oui j'ai toujours eu un petit faible pour les clichés!). Malgré son côté "Hélène et les garçons" version intello, "L'Age des Possibles" est dans son ensemble assez dur et les quelques scènes positives ne parviennent pas à combler ce vide existentiel dans lequel nous plongent les personnages. Un film étrange.

jeudi 25 septembre 2008

Good Morning Babylonia, Paolo & Vittorio Taviani (1987)

Nicola et Andrea, rénovateurs de monuments historiques, tentent d'aller gagner leur vie en Amérique, perçue comme lieu de réussite sociale en ce début de XXème siècle. Au bout de quelques jours déjà, c'est la désillusion et les deux frères enchaînent les travaux saisonniers les plus avilissants, jusqu'au jour où ils rencontrent le célèbre réalisateur Griffith, en plein tournage de son pamphlet pacifiste "Intolérance". Celui-ci, décide de les embaucher pour réaliser les décors de son film et les deux frères, par la même occasion, font la connaissance de deux figurantes...
Mélangeant allègrement le cinéma italien au cinéma américain, les frères Taviani immortalisent une époque: celle de l'Amérique à la veille de la Première Guerre Mondiale. Ne se limitant pas à la simple histoire de "deux Italiens en Amérique", "Good Morning Babylonia" analyse la mentalité ainsi que la composition hétéroclite de la population américaine. En plus de suivre le trajet de deux immigrants en quête de réussite sociale, on observe la façon dont les italiens sont perçus en Amérique. Et c'est d'ailleurs de ce sujet que traite une des scènes les plus réussies du film. Les deux frères, qui voient leur peuple se faire traiter de voleurs et de fainéants, répliquent en énonçant "qu'ils sont les fils des fils des fils de Michel-Ange et se demandent de quelles racines peut se revendiquer le peuple américain, terre d'opportunistes qui a effacé toute forme de culture ancestrale?"
Le film porte également en grande partie sur le milieu du cinéma, mais celui-ci est plus observé d'un point de vue extérieur. Dans un contexte conflictuel, on constate ainsi l'influence d'un cinéma pacifiste mais aussi ses limites qui sont souvent établies par l'usage de la force.
Enfin, la forme est très originale car elle mélange les styles. La musique ainsi que la façon dont est filmée la foule fait parfois penser aux premiers films de Fellini. Mais "Good Morning Babylonia" rajoute un côté plus intimiste, filmant les personnages de façon plus personnelle en évoquant leur blessures passées, tout cela de manière très artistique et poétique.
Un bon film.

mercredi 24 septembre 2008

Ordet, Dreyer (1955)

Chez Dreyer, l'ambiance est spéciale. Les personnages gardent la plupart du temps un visage stoïque et tout se passe dans le regard. Dans "La passion de Jeanne d'Arc", c'était le trop-plein de foi qui faisait défaut à la pucelle alors que dans "Ordet", un des sujets principaux serait le manque de foi ou du moins la recherche de la vraie foi. Les personnages ont tous un rapport à la foi différent. Le grand-père semble prier quand le besoin s'en fait sentir et paraît plus attirer par une Croyance que par un Dieu; Johannes, après avoir étudié la théologie est devenu fou et se prend pour Jésus en tentant d'apporter la Parole Divine, le pasteur explique tout par Dieu alors que le médecin croit aux miracles mais à ceux de la science... bref tous les cas de figures sont présents. Mais la fin, qui semble délivrer un message est réellement abstraite et l'on ne sait si celui-ci est porteur d'espoir ou au contraire défaitiste. Mais ce qui est réussit, c'est ce retournement de situation: ceux que l'on croyait être fous ne le sont pas et la vision du spectateur est totalement inversée. Rien que pour cette scène, ce film vaut le coup d'être vu. Il est assez rare qu'un réalisateur parvienne si bien à changer la vision du spectateur.
Un film un peu lent et froid mais qui a été source d'inspiration pour de nombreux cinéastes comme Bregman, Bresson ou Truffaut (qui a repris la scène du cerceuil dans son film "La Chambre Verte").

A l'Est d'Eden, John Steinbeck

Long et passionnant voyage à travers l'Amérique au début du XXème siècle, "A l'Est d'Eden" est une oeuvre magistrale mettant en opposition le Bien et le Mal.
En effet, Steinbeck s'inspire du mythe d'Abel et Caïn pour dresser une psychologie du Mal. Il pense que l'Homme possède une Vertu de base qu'il conserve toute sa vie. Mais à cela vient s'accoler le Vice ou plutôt les Vices qui changent continuellement de visage pour tenter de corrompre la Vertu. Cela, l'auteur nous le fait ressentir en montrant que le Mal ne peut se comprendre, qu'il est inexplicable et aléatoire. En général, il est facile de vanter les qualités d'une personne en évoquant sa sensibilité, sa bravoure ou sa générosité mais comment expliquer sa cruauté? "A l'Est d'Eden" nous donne quelques éléments de réponse en "matérialisant" le mythe d'Abel et Caïn: l'individu a besoin de reconnaissance dès son plus jeune âge et s'il sent qu'il plaît moins que son voisin ou qu'il croit être d'une utilité moindre, le Vice prendra le dessus sur la Vertu. En gros, s'il l'on ne peut jouir de sa Vertu, on devient mauvais. C'est sur cette idée-là qu'est construit tout le récit à travers l'exemple d'Adam et Charles, deux frères, puis des deux jumeaux d'Adam, Aron et Caleb. Steinbeck écrit clairement que c'est le choix de traitement du père que va rendre l'un bon et l'autre mauvais. Il y a également Cathy, Mal incarné déguisé en Vertu, avec sa philosophie "qui bande le premier encule l'autre", profitant des faiblesses des autres pour les manipuler..."A l'Est d'Eden" c'est aussi cette comparaison entre le relationnel et les sentiments propres des personnages, et la réflexion est loin de s'arrêter là...
Mais le roman dépasse le cadre de la simple narration pour dresser un portrait de la vie des paysans en ce début de XXème siècle. On y apprend leur coutume mais surtout, fait majeur de cette desription, l'hermétisme à toute forme de culture lettrée. Les paysans possèdent une culture orale, en somme ils se contentent de transmettre leur savoir-faire. Mais Steinbeck se sert justement de cet argument pour montrer que l'Homme a besoin de culture en s'appuyant sur Samuel Hamilton, personnage haut en couleur, cultivé et intelligent.
Enfin, même le style d'écriture est excellent. On glisse sur les lignes et on ne tourne en rond à aucun moment. Steinbeck parvient à nous faire ingurgiter l'histoire d'une mulitude de personnages sans nous perdre une seule fois au cours de ces 700 pages. Il traite aussi, et c'est une des curiosités du roman, à égalité tous les personnages quel que soit leur importance et le lecteur assimile donc aussi bien les détails que l'histoire principale.
Au final, un livre qui se présente comme une fresque intemporelle et qui surprend par sa modernité tant au niveau de ses idées que de son écriture.